Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Oldies


Guirlande de vieux films (Juillet/1)

Martin soldat, Michel Deville, 1966

Alors que survient le débarquement, un acteur de théâtre doit jouer le rôle d'un officier allemand dans une pièce. Il est arrêté par les Américains. Tourné entre On a volé la Joconde et Tendres requins, Martin soldat est loin d'être la plus grande réussite du duo Deville/Companeez mais se laisse voir sans ennui grâce à son rythme trépidant, au gré des aventures de Martin qui ne cesse de changer d'uniforme. Cette vision de la période entre le débarquement et la libération de Paris est empreinte d'ironie, pour la confusion qui règne, mais aussi d'une certaine prudence pour ne pas choquer les mentalités. L'hommage à l'art de la comédie est touchant et passe par le personnage joué avec le talent qu'on lui connait par Robert Hirsch. Marlène Jobert fait une petite apparition, sa seconde après Masculin/Féminin de Godard.

 

Le chemin des écoliers, Michel Boisrond, 1959

Sous l'Occupation, un lycéen fait du marché noir et s'occupe de sa maîtresse alors que ses parents le croient à la campagne. Une adaptation de Marcel Aymé avec le tandem Aurenche et Bost à l'écriture et pour cadre, le Paris de l'Occupation. Les comparaisons avec La traversée de Paris s'arrêtent là, Boisrond étant loin de valoir Autant-Lara. La vision de cette période noire est un peu idéalisée mais les comportements humains n'y sont pas caricaturaux même si le fond de l'affaire n'est guère crédible, surtout avec des acteurs (Delon, Brialy) bien trop âgés pour incarner des lycéens de 17 ans. Malgré tout, le film a un certain répondant, grâce à ses dialogues et des interprétations savoureuses de Ventura et Bourvil, notamment. Sans oublier la merveilleuse Françoise Arnoul que l'on a eu tort d'opposer à Brigitte Bardot : elle était bien meilleure comédienne.

 

La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953

Un homme mystérieux s'embarque en Allemagne sur une péniche pour descendre le Rhin jusqu'à Strasbourg. Il est revenu pour se venger. Le premier film du tandem Gabin/Grangier joue d'abord sur une atmosphère fluviale qui rappelle vaguement Simenon. La mise en place est laborieuse et grandement gâchée par une voix off horripilante. Le film bascule avec un meurtre et le suspense qui en découle, pas désagréable à suivre même si relativement convenu. L'intérêt vient de l'interprétation de Gabin, entre deux âges, et fort charismatique dans un rôle laconique. Il surpasse de loin ses camarades masculins tandis que les femmes tirent leur épingle du jeu, en particulier une Elina Labourdette spécialement retorse. Et puis c'est le dernier rôle de la singulière Andrée Clément, quelques mois avant de mourir de la tuberculose, à 35 ans seulement.

 

Dernier amour, Jean Stelli, 1949

Une femme a quitté son vieux mari pour épouser un homme plus jeune. Dix ans plus tard, une rivale apparait. Jean Stelli avait un goût certain pour le mélodrame (Le voile bleu) mais guère le talent pour y exceller. Il n'est pas aidé ici par le scénario inerte de Françoise Giroud qui ne montre aucune originalité dans le traitement d'un sujet vieux comme le monde : l'adultère. Le point de vue est celui de la femme mûre, trompée à son tour, alors qu'elle a joué le rôle de la maîtresse, une décennie plus tôt. Malgré des dialogues sans grande saveur, l'interprétation est plutôt bonne, de Georges Marchal à Suzanne Flon. Symboliquement, Annabella, de retour d'Hollywood, et qui ne tardera pas à se retirer, fait face à une nouvelle venue, déjà convaincante : Jeanne Moreau. C'est l'un des seuls intérêts du film que celui de la voir effectuer ses premiers pas devant la caméra.

 

Le mensonge de Nina Petrovna, Victor Tourjanski, 1937

Un officier autrichien rentre de Saint-Pétersbourg avec une maîtresse. Mais son meilleur ami la rencontre et tombe amoureux. Et forcément, cela finira très mal dans ce mélodrame ennuyeux, qui ne s'écarte pas une seule seconde des conventions, sauf pour quelques intermèdes comiques sans grande ambition. Les dialogues sont de Henri Jeanson qui n'était visiblement pas très en forme. Le seul moment qui aurait pu rehausser la chose est le duel entre les deux soupirants mais il est expédié hors-champ. L'interprétation ne relève pas le niveau même si Fernad Gravey y met de la bonne volonté tandis que Isa Miranda et Aimé Clariond jouent comme comme s'ils interprétaient du Shakespeare. Petite curiosité : le premier rôle d'Annie Vernay, actrice qui mourut en 1941 du typhus, même pas âgée de 20 ans.

 


10/07/2019
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Guirlande de vieux films (Juin/2)

Au royaume des cieux, Julien Duvivier, 1949

La nouvelle directrice d'une maison d'éducation surveillée emploie la manière répressive et les détenues se révoltent. Profitant de ce que le pays est inondé, l'une d'entre elles s'évade avec la complicité de son amant. Le cinéphile qui a apprécié à sa juste valeur la puissance de The Magdalene Sisters, il y a quelques années, trouvera peut-être que Au royaume des cieux n'est pas du même niveau mais il ne pourra que reconnaître ses grandes qualités, son intensité, notamment dans son final avec deux intrigues parallèles et son interprétation remarquable (Suzy Prim et la jeune Suzanne Cloutier, notamment, Juliette Greco n'ayant qu'un rôle secondaire, et Serge Reggiani, par intermittences). Cette fois, Henri Jeanson a remisé ses bons mots au vestiaire et ses dialogues sonnent fort et juste. Enfin, dans ce mélodrame, l'intelligence narrative et la mise en scène inspirée de Duvivier font le plus souvent merveille, en particulier dans les scènes de groupe (la grève de la faim) et celles du paysage dévasté par les inondations, dignes de Murnau.

 

Sous le signe du taureau, Gilles Grangier, 1969

Un industriel dans la recherche aéronautique est lâché par ses financiers alors qu'un prototype de missile vient d'exploser en vol lors de son premier essai. Ce Grangier tardif montre un cinéaste en petite forme qui ne donne aucune ampleur à son histoire d'homme intègre mais vieillissant, sur le point de renoncer. Gabin ne semble pas non plus très concerné et la direction d'acteurs est globalement très lâche. Seule Suzanne Flon fait montre d'un peu de vivacité, dans les dernières minutes. Le film se veut très critique à l'égard du petit monde des banquiers et affairistes de tous poils mais la conviction n'y est pas (où est passée la verve d'Audiard ?). Au final, c'est une morale assez plan plan qui prédomine. Et de taureau, on n'en voit pas la queue d'un.

 

Paris au mois d'août, Pierre Granier-Deferre, 1966

Un homme reste seul à Paris durant le mois d'août pendant que femme et enfants partent en vacances. Il fait la rencontre d'une jeune anglaise présente pour un shooting de mode. Un roman de Fallet, des dialogues de Jeanson et un Granier-Deferre inspiré par cette parenthèse amoureuse, romantique et estival et sans doute déjà épris de son actrice féminine principale qu'il épousera un an plus tard. Le couple formé par l'excellent Charles Aznavour et la délicieuse Susan Hampshire fonctionne admirablement bien au point qu'on ne remet jamais en question la crédibilité de cette romance soudaine. Le film ne néglige pas ses seconds rôles, avec les amis du héros qui forment comme une sorte de choeur antique indulgent et complice. Malgré une certaine minceur de son scénario, Paris au mois d'août possède le charme immédiat et irrésestible de ces courts moments d'euphorie sentimentale qui illuminent toute une existence, par ailleurs si décevante et si casanière. Qui a connu ces instants privilégiés comprendra ce qui meut et émeut les deux personnages principaux du film.

 

Le dos au mur, Edouard Molinaro, 1958

L'industriel Decrey découvre que sa femme a un amant et décide de la faire chanter sous un nom d'emprunt puis de faire passer ce dernier pour le maître-chanteur. Adapté d'un roman de Frédéric Dard, le premier film d'Edouard Molinaro débute longuement avec le camouflage d'un crime apparemment commis par le mari trompé. Suit un flashback qui va révéler une vérité assez surprenante. Le dos au mur, au-delà de ses qualités de suspense est au fond l'histoire d'un homme fou amoureux de sa femme et décidé à la faire revenir auprès de lui par tous les moyens. Molinaro, en fin connaisseur du cinéma américain, s'inspire des films noirs de l'époque signés Preminger ou Hitchcock. Il n'est pas à ce niveau et sa mise en scène est parfois un peu lourde mais elle est plutôt efficace. Plus que Jeanne Moreau, c'est Gérard Oury qui rafle la mise, mâchoires carrées et regard intense.

 

Cargaison blanche, Georges Lacombe, 1958

Après la disparition suspecte de l'un de ses confrères, une jeune journaliste reprend son enquête. Elle se fait engager comme bonne puis barmaid. Remake du Chemin de Rio (Siodmak, 1937), Cargaison blanche est l'avant-dernier long-métrage de Georges Lacombe (il poursuivra à la télévision). Cinéaste solide, il n'est jamais aussi bon que quand son sujet l'est également. Ce qui n'est pas vraiment le cas de Cargaison blanche, film au suspense limité qui s'attaque à la traite des blanches sans approfondir son thème. Françoise Arnoul, alors à l'apogée de sa carrière et de sa beauté (après French Cancan et La chatte) mène la danse avec aplomb et la conscience de son pouvoir érotique. Le reste de la distribution est un peu décevant, le pauvre Jean-Claude Brialy étant sacrifié dès le début du film.

 


17/06/2019
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Guirlande de vieux films (Juin/1)

On a volé la Joconde, Michel Deville, 1966

En 1910, un voleur s'empare de la Joconde. Il fuit sur les routes de France, poursuivi par la police et d'autres aigrefins. On a volé la Joconde est déjà le 7ème film de Michel Deville, vaguement inspiré de l'authentique maraudage de Mona Lisa, réalisé en 1911. Cette fantaisie, qui tire vers la burlesque, n'est pas très représentative du style du cinéaste mais se révèle très agréable à suivre avec son tempo de plus en plus accéléré après une entame plutôt laborieuse. George Chakiris, en gentleman cambrioleur, manque d'épaisseur et de talent de comédien mais on lui demande surtout d'être charmant, ce qu'il est, au côté d'une Marina Vlady légère et sensuelle. Un film dans lequel Chakiris et Lefebvre (sobre) jouent aux échecs, réunion de deux acteurs aux univers on ne peut plus éloignés, c'est pour ces rencontres peu commues que l'on aime (aussi) le cinéma de Michel Deville pour qui le plaisir est une affaire très sérieuse.

 

Torrents, Serge de Poligny, 1947

Jan et Sigrid s'aiment depuis l'enfance. Mais une brouille les sépare et Jan se marie avec une autre et part en tant que médecin en Algérie. Triangle amoureux au Sahara, en passant par la Savoie, le premier film de Serge de Poligny après la guerre ne rappelle que de loin ses grands films précédents, Le baron fantôme et La fiancée des ténèbres. Chacun des personnages a droit à son long flashback agrémenté d'une voix off envahissante. Tout va trop vite dans le courant de Torrents avec un excès de romanesque qui débouche sur un mélodrame pas très maîtrisé. Face à Georges Marchal, solide, et Renée Faure, épatante en méchante par passion, la jeune Helen Vita ne soutient pas la comparaison. Quand une des bases du triangle est faible, c'est tout l'édifice narratif qui devient fragile ...

 

Métropolitain, Maurice Cam, 1939

Un ouvrier aperçoit du métro un homme en train de poignarder une femme à la fenêtre d'un immeuble. Ceux-ci sont des artistes désargentés répétant un numéro. Sorti début 1939, Métropolitain est le premier long-métrage de l'oubliable Maurice Cam. Son film a le mérite de montrer des aspects du Paris populaire de l'avant-guerre (un chantier sur la Seine, les télégraphistes d'un hôtel) à défaut de proposer une intrigue de qualité. L'atmosphère rappelle sans l'égaler celle de Le jour se lève, de Carné, sur les écrans en juin de la même année. A voir pour Albert Préjean, toujours impeccable, Anne Laurens (actrice éphémère, vue aussi dans Remorques), ainsi que le théâtral André Brulé. Quant à Ginette Leclerc, dont le rôle de vamp vulgaire est déjà au point et qui sort de Prison sans barreaux et de La femme du boulanger, elle est ce qu'elle est. Il parait qu'on la trouvait sensuelle. Question de goût et d'époque, sans doute.

 

Son dernier rôle, Jean Gourguet, 1946

Une actrice de renom, souffrant de problèmes cardiaques, se retire au calme dans une pension au bord du lac d'Annecy. Mais elle s'ennuie. Jean Gourguet n'a pas laissé beaucoup de traces dans le cinéma français et son film le plus connu, Malaria, n'est vraiment pas à conseiller. Le cinéaste a souvent oeuvre dans le registre mélodramatique comme en témoignent certains titres de sa filmographie : Maternité clandestine, La fille perdue, Une enfant dans la tourmente ... Son dernier rôle est un peu à part et sans doute le doit-on au scénario de Jean-Paul Le Chanois. C'est la mélancolie qui prédomine ici avec un très jolie portrait de femme qui se sait condamnée par la médecine. Les dialogues, étonnamment, sont souvent drôles et s'y ajoute même une petite nuance fantastique. Gaby Morlay a épuré son jeu, elle est remarquable, tout comme ses camarades Dalio, Tissier et Debucourt, tous d'une sobriété parfaite. D'aucuns trouveront sans doute le film poussiéreux mais son charme désuet est pourtant tenace, reflet d'une époque, l'immédiat après-guerre, où il faut se remettre à vivre.

 

La cage, Pierre Granier-Deferre, 1975

Sous un faux prétexte, une femme attire son ex-mari dans sa villa isolée et l'enferme par surprise dans un coin de sa cave, fermé d'une grille. Deux surprises majeures dans ce film dans ce film méconnu de Granier-Deferre : 1. La présence de la bergmanienne Ingrid Thulin, pas mauvaise du tout, mais dont le couple qu'elle est censée avoir formé avec Ventura est moyennement crédible. 2. Lino garde sa cravate, quoique desserrée, tout au long de sa captivité. Etonnant, non ? Sinon, bonne qualité des dialogues de Pascal Jardin et idée de départ astucieuse mais qui a du mal à justifier 90 minutes de développement vu que les péripéties sont réduites. Cette confrontation entre ex manque un peu d'étoffe et même si des flashbacks ne se justifiaient pas, les deux personnages sont peu approfondis que ce soit dans leur psychologie ou par leurs contours sociaux. Quant au dénouement, sous forme de happy end ironique, il va à l'encontre du drame conjugal qui s'est joué auparavant. Un curieux film, trop confiné dans sa configuration de huis clos.

 


04/06/2019
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Guirlande de vieux films (Mai/4)

Les dernières vacances, Roger Leenhardt, 1948

Le jour de la rentrée scolaire, un adolescent de 16 ans se souvient des vacances passées avec ses parents, cousins et cousines. Cet été-là, toute la famille est réunie dans la propriété de Torrigne pour la dernière fois. L'un des seuls films français d'après-guerre qui a trouvé grâce aux yeux des tenants de la Nouvelle Vague. Roger Leenhardt a tourné une soixantaine de courts-métrage mais seulement 2 longs, peu enclin à céder aux compromissions. Les dernières vacances est marqué par la mélancolie et les adieux : à l'innocence pour les plus jeunes, aux valeurs désuètes de la bourgeoisie pour les autres, à une certaine idée de la famille, pour tous. Leenhardt entrecroise les intrigues avec fluidité et révèle le talent d'Odile Versois, pour la première fois à l'écran.

 

Adieu Léonard, Pierre Prévert, 1943

Un petit commerçant ruiné est condamné par un maître-chanteur à se livrer à la police ou à assassiner un inoffensif idiot de village. Jacques au scénario et Pierre à la réalisation, les Prévert se font plaisir en un temps où la fantaisie n'est guère de mise. Julien Carette, dans un premier rôle, Pierre Brasseur, Charles Trénet, Jacqueline Bouvier, Denise Grey et bien d'autres, papillonnent à ses côtés. Le scénario est loufoque, comme de bien entendu, hommage à la poésie et à l'anarchie contre le conservatisme de la bourgeoisie. Le film sortit avec quelques coupures car bien éloigné des valeurs vichystes de l'époque. On peut lui préférer le long-métrage suivant de Prévert, Voyage surprise, un peu plus structuré et moins ressemblant à Drôle de drame auquel il est ici difficile de ne pas penser. 

 

Derrière la façade, Yves Mirande et Georges Lacombe, 1939

Dans l'ascenseur d'un grand immeuble parisien, un télégraphiste découvre le cadavre de la propriétaire des lieux. Deux policiers mènent parallèlement leur enquête. Yves Mirande a été un scénariste qui avait parfois du talent mais un réalisateur plutôt médiocre, ici heureusement aidé par Georges Lacombe. "Tout le monde a quelque chose à cacher", tel est le leitmotiv des enquêteurs, y compris d'ailleurs la victime. Une vision assez amère de la société à travers les portraits des locataires de cet immeuble. On a parfois l'impression d'assister à un film à sketches où quelques unes des grandes vedettes de l'époque interviennent un temps, dans un registre qui leur est familier, la plupart du temps. Les interprétations sont inégales : Gaby Morlay et Elvire Popesco pour le pire, Marguerite Moreno et Michel Simon pour le meilleur. Mais ce sont les policiers qui ont la vedette et Jacques Baumer et surtout Lucien Baroux se révèlent excellents dans une enquête vaguement simenonienne qui aurait eu une autre allure sous la direction d'un Clouzot, par exemple. Le film est cependant plaisant sauf quand il s'empêtre incidemment dans de pesantes saynètes bourgeoises. Et puis, un film qui dédie ses premières minutes à Julien Carette ne saurait être complètement mauvais.

 

La fille aux yeux d'or, Jean-Gabriel Albicocco, 1961

Un photographe mondain et playboy joue avec les sentiments d'une jeune femme mystérieuse dont il finit par s'éprendre, ignorant que celle-ci est une très proche amie de son ancienne maitresse. Premier long-métrage de Jean-Gabriel Albicocco, tourné à 25 ans en hommage à la beauté de sa femme, Marie Laforêt. Cette adaptation moderne d'une nouvelle de Balzac est marquée par un esthétisation forcenée, des dialogues ampoulés, une musique répétitive et un mélange pas très digeste de cynisme et de romantisme, culminant dans un dénouement mélodramatique. Le problème est que l'on reste froid devant ce film dénué d'émotion et artificiel, sorte de caricature de ce que certains à l'étranger imaginent être le cinéma français quand il se veut intellectuel. Marie Laforêt est bien, Paul Guers n'est pas mal et Françoise Dorléac n'a hélas qu'un rôle anecdotique. 

 

Le mot de Cambronne, Sacha Guitry, 1936

Excédée par les allusions et les perfidies qu'elle entend sans cesse, Mme Cambronne (une Anglaise) cherche à savoir quel est le fameux mot qu'on attribue à son mari. Pièce en un acte et envers à 4 personnages, voici du théâtre filmé dans son jus qui n'a d'autre but que d'amuser son auditoire. Ma foi, la chose est distrayante et suffisamment courte pour ne suscite de baîllements, en dépit d'une certaine emphase de l'interprétation. La vie de merde de Cambronne, poursuivi par son fameux mot, est prétexte à calembours et traits d'esprit d'un Guitry en forme qui laisse un peu de lumière à ses trois acolytes : l'excellente Marguerite Moreno, la pétulante Pauline Carton et la délicate Jacqueline Delubac. Le film n'est qu'un amuse-bouche pour les amateurs de Guitry mais il n'y a pas de raison de le considérer avec mépris.

 


30/05/2019
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Guirlande de vieux films (Mai/3)

Remontons les Champs-Elysées, Sacha Guitry, 1938

Un professeur entreprend de raconter à ses élèves l'histoire des Champs-Elysées, en partant de la Concorde en 1617 pour aboutir à l'Etoile en 1938. D'aucuns considèrent Remontons les Champs-Elysées comme la meilleure entreprise de Guitry dans le domaine de la fantaisie historique, le film n'étant pas phagocyté, comme après la guerre, par la surabondance de vedettes à l'écran. Peut-être, c'est un point de vue,  mais le fait est que ce cher Sacha traite ici assez peu son sujet lui préférant l'Histoire de France avec un grand H (une grande hache ?) et principalement celle de ses dirigeants, rois et empereurs. Qu'y a t-il dans le film ? Une volée d'anecdotes, une multitude de bons mots et un drôle de scénario qui mêle faits plus ou moins véridiques et une saga familiale hautement improbable. Divertissant mais sans grands enjeux. Dans cette leçon d'histoire, il y a l'amour de la France et de son riche passé et une gaieté qui semble parfois forcée (nous sommes en 1938). Guitry retournera dans cette veine en nous contant Versailles et Paris mais ce ne sont pas dans ces spectacles, certes pittoresques et amusants, que l'on trouve le meilleur de son oeuvre.

 

5 tulipes rouges, Jean Stelli, 1948

Plusieurs coureurs sont assassinés sur le Tour de France. Une journaliste et un inspecteur de police mènent l'enquête. Peur bleue et maillot jaune : les coureurs du film, bien que fictifs, empruntent le véritable itinéraire du Tour 1948 qui fut remporté par le grand Gino Bartali. Le tournage a pu se faire sur chaque étape, sans doute juste avant la véritable course, avec la foule massée sur la route et dans les vélodromes. Cela donne une ambiance authentique et les faits de course imaginaires sont eux plutôt bien filmés, nous replongeant dans une autre ère du cyclisme, à taille humaine. L'aspect policier est loin d'être trépidant avec un scénario qui ressemble assez au Dernier des six de Lacombe et Clouzot. Mais le duo fermé par Suzanne Dehelly et Jean Brochard est très pittoresque et le reste de l'interprétation est correcte même si l'âge de certains des supposés coureurs semble parfois bien élevé.

 

Angèle, Marcel Pagnol, 1934

Angèle, fille unique d'un couple de paysans, suit à Marseille un bellâtre qui l'a séduite. Un valet de ferme la ramènera chez elle, avec un enfant sous le bras. Premier grand film de Pagnol, Angèle est adapté de Giono qui criera à la trahison. Ce mélodrame provençal possède un argument assez mince que le réalisateur transforme par sa science des dialogues et du découpage narratif et surtout son humanisme où le pardon et la résilience sont primordiaux (notons tout de même la quantité de femmes "pécheresses" dans son oeuvre). L'antagonisme campagne/ville y est bien entendu comme souvent chez lui très présent. Le film pâtit malgré tout d'une inégalité de l'interprétation. Fernandel, dirigé pour la première fois par Pagnol, est remarquable de même que Edouard Delmont. En revanche, Jean Servais, presque débutant, est encore un peu tendre tandis que Oriane Demazis, bien trop âgée pour le rôle (40 ans) montre une fois de plus ses limites de comédienne. 

 

Seul dans Paris, Hervé Bromberger, 1951

En voyage de noces, un paysan est séparé de son épouse dans le métro, à cause d'un portillon automatique. Il erre dans Paris, à sa recherche. Le scénario est anecdotique mais il y avait moyen d'en tirer autre chose qu'un film pataud et sans imagination qui essaie de montrer la superficialité de la grande ville face au naturel de la campagne. On suit Bourvil dans son vague périple, d'un commissariat à la gare, en passant par des cafés, sachant qu'il finira bien par la retrouver, sa femme égarée. Hormis un épisode onirique et une fin assez émouvante et porteuse de mystère, rien de particulier à signaler, ni dans les dialogues, ni dans la mise en scène. Bourvil a rarement été aussi éteint dans un personnage mal dessiné, pas vraiment niais mais pas spécialement intelligent non plus, et pas drôle du tout, en tous cas. Deuxième rôle pour Magali Noël qui, du haut de ses 20 ans, ne fait qu'esquisser un vrai tempérament de comédienne.

 

Le club des soupirants, Maurice Gleize, 1941

Conseillé par un professeur d'amour, une quarantaine de soupirants doivent courir leur chance auprès d'une riche héritière afin d'éteindre leurs créances. Ce quatrième film de la Continental, tourné dans le sud de la France, est un nanar de première catégorie, susceptible de provoquer des fous rires pour de mauvaises raisons. A ce degré d'absurdité dans le scénario, c'est du grand art, d'ailleurs signé Marcel Aymé. Les chansons du film sont exaspérantes de mièvrerie de même que la plupart des dialogues. En roue libre, les acteurs cabotinent sans limites : dans le cas de Fernandel, improbable chasseur de papillons, c'est assez navrant ; dans celui de l'inénarrable Saturnin Fabre, c'est plutôt réjouissant. Max Dearly, Andrex et Louise Carletti, entre autres, jouent avec davantage de sobriété. Il y eut un certain nombre de films stupides tournés sous l'Occupation. Le club des soupirants est sans doute l'un des sommets du genre.

 


27/05/2019
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Guirlande de vieux films (Mai/2)

Un soir ... par hasard, Ivan Govar, 1963

Après une grande découverte, un savant atomiste est victime d'un accident de moto. Il est aussitôt recueilli par un couple étrange et mystérieux. Jusqu'à un quart d'heure de la fin, nous baignons dans une atmosphère étrange au gré d'une intrigue pas spécialement crédible mais non dénuée de mystère dans un halo fantastique. Hélas, le dénouement nous ramène à une histoire d'espionnage encore moins vraisemblable et qui, surtout, dissipe toute atmosphère. Avec en sus une histoire d'amour passablement niaise. Non, mais halo, quoi ! Annette Stroyberg, sculpturale mais piètre actrice, donne la réplique au très falot (non, mais falot, quoi !) Michel Le Royer. Heureusement que Jean Servais, plus inquiétant que jamais, et Pierre Brasseur, matois comme toujours, dans des rôles secondaires, évitent l'enlisement complet.

 

La dame de pique, Léonard Keigel, 1965

A la veille de la Révolution française, une comtesse russe, joueuse invétérée, est proche de la ruine. Un homme mystérieux lui révèle une martingale permettant de gagner à coup sûr, à condition de ne la jouer qu'une seule fois. Deuxième film de Léonard Keigel, qui n'en réalisa que quatre, cette adaptation de Pouchkine est très marquée par la scénarisation de Julien Green. L'atmosphère fantastique, tendance sinistre, y est, mais le film pâtit d'un manque de moyens évident et surtout d'une interprétation pratiquement figée, à commencer par celle de Dita Parlo, qui eut son heure de gloire avec l'Atalante. S'il s'agissait de montrer l'enfer du jeu à travers des personnages damnés tels des fantômes, le pari est réussi mais le spectacle demeure assez lugubre et empesé.

 

Et mourir de plaisir, Roger Vadim, 1960

Persuadée d'avoir hérité de la malédiction de son ancêtre vampire, Carmilla se rend, une nuit, chez Georgia, la belle jeune femme que doit épouser son cousin Leopoldo. Cinquième film de Roger Vadim et adaptation d'un récit de l'écrivain fantastique irlandais Sheridan Le Fanu, célèbre dans les pays anglo-saxons. Le film vaut principalement pour les images somptueuses et stylisées de Claude Renoir qui crée une ambiance à la fois mortifère et poétique, à l'image de son autre titre, Le sang et la rose. A noter aussi une musique enveloppante de Jean Prodromidès. Mel Ferrer et Elsa Martinelli sont un peu sous-employés face à la fascinante vampire blonde Annette Stroyberg (épouse de Vadim à l'époque). Cette dernière n'a tourné que 10 films en 6 ans avant d'abandonner le cinéma. Sans être un grand admirateur du réalisateur, on peut cependant se laisser entraîner par l'étrangeté gothique du film qui culmine dans un cauchemar en noir et blanc tacheté de rouge.

 

Le bal des passants, Guillaume Radot, 1944

Un compositeur, que sa mère a élevé seule, quitte sa femme qui, se croyant à tort trompée par son mari, vient d'avorter. Il part pour l'Amérique et ne reviendra que 7 ans plus tard. Après Le loup de Malveneur, Guillaume Radot accepte une commande subventionnée par le ministère de la famille de Vichy pour son second film. On y parle d'avortement, mais de façon assez prude, dans le but de stigmatiser les femmes qui y recourent et d'encourager la natalité. Il s'agit donc d'un mélodrame de la plus belle eau, que d'aucuns pourront bien trouver effarant mais qui, cependant, ne manque pas de qualités dans sa mise en scène et dans l'interprétation d'Annie Ducaux et de Jacques Dumesnil. Son côté romanesque et romantique sont prenants à condition de s'efforcer de se remettre dans la position d'un spectateur du temps de l'Occupation. Le bal des passants est le deuxième et dernier film connu de la petite Bijou, dont on perd la trace après la guerre et qui a inspiré un roman éponyme à Patrick Modiano.

 

Ceux du rivage, Jacques Séverac, 1943

Sur les bords de l'Atlantique, un drame de famille divise deux hommes : l'un soupçonnant l'autre de l'avoir trompé avec sa femme, maintenant décédée. Tourné dans le bassin d'Arcachon, dans le milieu des ostréiculteurs, le film a été longtemps invisible avant qu'une copie ne soit retrouvée par hasard. L''histoire est assez conventionnelle mêlant mélodrame avec secret de famille, romance, suspense et comédie avec un antagonisme entre deux messieurs qui rappelle, en moins bien, des scènes de Pagnol. Il est vrai que l'accent pris par les acteurs est assez aléatoire et rappelle plus Marseille que le Sud-Ouest. C'est loin d'être un navet pourtant et le réalisateur, Jacques Séverac, fait correctement son travail. L'interprétation est inégale, de l'outrance de Charpin et Aimé Clariond au naturel de Blanchette Brunoy et de Raymond Bussières. Un film typique des années d'Occupation, pas mémorable, mais assez distrayant dans son genre, surtout pour l'ambiance. Cela ne vaut pas huitre et demi sur dix, évidemment.

 


13/05/2019
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Guirlande de vieux films (Mai/1)

Mise à sac, Alain Cavalier, 1967

Un commando de 12 hommes dévalise une petite ville au cours d'une même nuit après avoir neutralisé les principaux centres vitaux de la bourgade. Le troisième long-métrage d'Alain Cavalier, adapté de Westlake et coscénarisé par Sautet, est un pur film de casse tourné avec un réalisme de tous les instants et palpitant jusqu'à son brutal dénouement. Pas de violence mais un regard quasi documentaire sur cette bande ou chacun est un artisan, professionnel jusqu'au bout de son chalumeau. Impossible de ne pas éprouver de la sympathie pour ces malfrats entraînés dans une aventure dont ils méconnaissent la raison secrète. Le film n'a pas une seule minute de "gras", tout est en place pour garantir une efficacité maximum sans esbroufe aucune. Pas de grande vedette non plus, Michel Constantin, imperturbable, menant sa petite troupe avec son autorité naturelle. Dans son genre, l'un des films les plus originaux de la carrière pourtant fort riche de Cavalier.

 

Le temps de mourir, André Farwagi, 1970

Un homme d'affaires, qui vit en solitaire à la campagne, récupère un film, échappé des mains d'une cavalière blessée. Il montre son propre assassinat par un tireur inconnu. Il s'agit du premier film d'André Farwagi qui ne tournera que deux autres longs-métrages sans intérêt, se dédiant davantage à la télévision. Cette incursion dans le fantastique, rare dans le cinéma français et très stylisée, ne manque pas d'intérêt avec son côté romantico-tragique. Le spectateur a l'avantage de deviner mieux que les personnages du film que quand le futur s'écrit dès le présent, l'inéluctable est garanti. Avec ses éléments futuristes bien désuets aujourd'hui, Le temps de mourir est séduisant malgré des moyens limités et un montage souvent abrupt. Karina, Rochefort, Cremer : le casting est à la hauteur dans cette farandole funèbre sur la destinée humaine.

 

Amour de poche, Pierre Kast, 1957

Un biologiste trouve un procédé pour réduire et conserver la matière par pétrification, ce qui lui permet de transformer la jeune fille qu’il aime en statuette de poche. Il est amusant de constater que la même année, 1957, deux films se tournent en parallèle sur le thème de la miniaturisation avec L'homme qui rétrécit en Amérique et Amour de poche en France. Mais le premier long-métrage de Pierre Kast, scénarisé par France Roche, n'utilise l'argument fantastique que pour pimenter une comédie romantique amusante mais un peu fade, qui tourne en rond au bout d'une trentaine de minutes. Autre problème : Jean Marais est bien trop rigide pour jouer dans une fantaisie pareille où un Cary Grant aurait excellé. Outre Brialy, trop agité, le metteur en scène s'est amusé à donner de petits rôles à des célébrités de ses amis, tels Boris Vian ou Jean-Pierre Melville. A noter la très bonne interprétation d'Agnès Laurent qui tourna finalement assez peu et le plus souvent dans des rôles deshabillés sans grand intérêt.

 

Paris n'existe pas, Robert Benayoun, 1969

Victime d'une crise d'inspiration, un jeune peintre prend conscience de sa capacité à voyager dans le temps par la pensée. Critique éminent et compagnon de route des surréalistes, Robert Benayoun n'a réalisé que 2 films. Paris n'existe pas est une réflexion sur la relativité du temps et notre rapport avec ce dernier ("le temps demeure et nous passons"). Benayoun use de tous les moyens techniques dont il dispose pour commettre un long-métrage à la fois poétique et verbeux, onirique et nostalgique, virtuose et bricolé. Une sorte d'inventaire d'antiquaire où se côtoient éléments pop de l'année de tournage (1968) et décoration baroque des années 20 et 30. Ludique et inquiétant, parfois un brin sentencieux, le film est un peu gâché par l'interprétation fade de Richard Leduc et approximative de Serge Gainsbourg. En revanche, Danièle Gaubert séduit et pas seulement pour sa plastique.

 

Morgane et ses nymphes, Bruno Gantillon, 1971

Pendant un voyage en Auvergne, deux jeunes femmes, perdues et en panne d'essence, s'endorment dans une grange abandonnée. Au petit matin, l'une des deux a disparu. L'un des nombreux produits de la vague érotico-fantastique du début des années 70, le premier film de Bruno Gantillon (qui a surtout travaillé à la TV par la suite) tranche par son souci esthétique et la douceur de son ambiance féérique. L'éternelle jeunesse en est le thème même si le scénario manque singulièrement d'enjeux, un peu répétitif dans sa deuxième partie. Ce conte de fées pour adultes, qui ne compte qu'un seul rôle masculin consistant ("Aucun mâle ne vous sera fait", entend-on deux fois. Ou bien est-ce "mal" ?) vaut pour la beauté de ses deux principales héroïnes, Dominique Delpierre, qui a fait une petite carrière en tant qu'actrice et écrivaine, et Mireille Saunin, que l'on n'a plus revue, hélas. Autre personnage très photogénique : le château de Val, dans le Cantal.

 

 


05/05/2019
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Guirlande de vieux films (Avril/4)

 

Le lit à colonnes, Roland Tual, 1942

Un directeur de prison se fait passer pour un compositeur en s'appropriant l'oeuvre d'un prisonnier. Roland Tual débute à la réalisation avec Le lit à colonnes, en 1942, mais il connait bien le cinéma côté production et a déjà travaillé, entre autres, avec Renoir, Grémillon et Malraux. Il ne tournera cependant qu'un autre film de fiction et un documentaire. Le lit à colonnes se distingue par la qualité de son scénario, une adaptation d'un Louise de Vilmorin par Charles Spaak avec l'intervention de Cocteau, et par l'excellence de son interprétation avec en premier lieu Fernand Ledoux et ensuite Marais, Tissier, Larquey, Marchal, Odette Joyeux, Mia Parély et Michèle Alfa. Très beau casting pour un film à l'ambiance romantique et mélancolique, qui devient de plus en plus noire à mesure que le récit avance. Une histoire où l'imposture et l'injustice prennent cruellement l'avantage comme des symboles de l'époque douloureuse à laquelle le film est tourné. Celui-ci mériterait bien de sortir de l'oubli, il le mérite.

 

Blondine, Henri Mahé, 1945

Fille d'un pauvre pêcheur, Blondine épouse le prince de la Montagne mais fait tomber ce dernier par maladresse aux mains d'un ogre. Tourné en 1943, mais seulement sorti en mai 1945, Blondine fait partie de la vague fantastique du cinéma français sous l'Occupation. Dans un créneau bien particulier, celui de la féérie, orchestrée par le peintre Henri Mahé, dont ce fut le seul film en tant que réalisateur. Avec ses décors peints, Blondine est une vraie curiosité, rappelant visuellement Croisières sidérales, tourné un an plus tôt par André Zwobada avec des décors de ... Henri Mahé. L'intrigue est celle d'un conte de fées mais bien entendu les effets spéciaux sont assez rudimentaires. Plus gênant, l'interprétation frise le grotesque y compris celles des seuls acteurs connus, le presque débutant Georges Marchal et Piéral.

 

Le Comte de Monte-Cristo, première époque, Robert Vernay, 1943

Emprisonné au Château d'If suite à une dénonciation calomnieuse, Edmond Dantès y reste de longues années avant de s'évader avec une seule idée en tête : la vengeance. La meilleure version du roman de Dumas ? Il faudrait les avoir toutes vues. Divisée en deux époques et sortie à un mois d'intervalle au début de 1943, celle de Robert Vernay n'est sans doute pas la plus fidèle mais elle en restitue l'esprit et ne souffre d'aucun temps mort dans sa première partie. Pierre Richard-Wilm joue ici une victime romantique avec une belle prestance mais se fait voler la vedette par Marcel Herrrand et Aimé Clariond. Déception pour Michèle Alfa dont le rôle n'est guère valorisée Le film excelle par ses dialogues et un excellent découpage même si on aurait pu espérer une mise en scène plus audacieuse. Quoi qu'il en soit, à la fin de la première époque, comme en 1943, on est fort impatient de découvrir la suite.

 

Le Comte de Monte-Cristo, deuxième époque, Robert Vernay, 1943

Après s'être échappé du Château d'If, Edmond Dantès est de retour à Paris sous le nom du Comte de Monte-Cristo. Sa vengeance peut s'accomplir. Pourquoi cette légère déception dans la suite des aventures de Monte-Cristo ? Sans doute parce que notre homme est devenu froid et clinique et le film l'est de la même façon, tout entier tendu vers une revanche pour solde de tout comte (sic). Il y a un côté mécanique et un peu trop bien réglé dans ce deuxième segment qui s'accompagne d'une mise en scène d'un classicisme un peu fade. Contrairement à la première partie, l'interprétation de Richard-Wilm domine largement celles de ses camarades mais il est vrai qu'il a le beau rôle, si l'on ose dire. Pas tout à fait satisfait du résultat, Robert Vernay remettra le couvert avec Monte-Cristo en 1953 avec Jean Marais dans le rôle titre.

 

La collection Ménard, Bernard Roland, 1944

Une jeune indochinoise arrive à Paris pour retrouver son père français, dont elle sait uniquement qu'il s'appelle Paul Ménard. Denrée rare dans le cinéma de l'Occupation qu'un film dont l'actrice principale, Foun-Sen est franco-asiatique, dont ce fut d'ailleurs le seul première rôle. Elle ne se défend pas si mal face à des monstres sacrés tels que Le Vigan, Tissier ou Larquey, qui font leur petit tour et puis s'en vont. Car il s'agit en effet d'une sorte de film à sketches qui entend insuffler un peu de poésie et de fantaisie dans une période si sombre. Mais il n'y a hélas pas suffisamment de talent dans le scénario, les dialogues ou la mise en scène (Bernard Roland) pour y parvenir. Et Lucien Baroux, qui porte le film sur ses épaules avec Foun-Sen est bien agaçant par ses minauderies. Il y eut un assez grand nombre de mauvais films tournés entre 1940 et 1944 et La collection Ménard est assurément un exemple très représentatif.

 


26/04/2019
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Guirlande de vieux films (Avril/3)

Dernière heure, édition spéciale, Maurice de Canonge, 1949

Un pianiste célèbre est découvert mort dans sa baignoire. Tout le monde, y compris les médecins légistes, conclut à la mort naturelle. Seul de toute la presse, le journal « Le Cri du Monde » annonce qu'il s'agit d'un assassinat. Une excellente comédie policière signée Maurice de Canonge qui s'illustra un peu plus tard avec le remarquable Police judiciaire, qui n'avait rien à envier au cinéma américain. Entre Capra et Clouzot, en moins brillant quand même, le film réussit surtout à convaincre dans le registre de la légèreté, et beaucoup moins en tant que thriller judiciaire. Néanmoins, l'action est bien menée, sans temps morts, et l'interprétation vaut le déplacement. Le couple Meurisse/Joyeux avec le renversement (très américain aussi) des caractères (elle fume, boit et jure ; il s'occupe du courrier du coeur et ne consomme que du jus d'orange) est parfait et Pierre Dac est tout aussi impeccable. A noter que ce sont les vrais débuts de Michel Galabru au cinéma (après une figuration), tandis que Jean Carmet, déjà actif depuis 8 ans, commence à avoir des rôles plus consistants.

 

L'extravagante misssion, Henri Calef, 1945

Robert Dupont, las de la vie, tente de se suicider. Son sauveteur le charge de porter en Indochine une serviette bourrée de documents qui sont, en réalité, des millions provenant d'une vaste escroquerie. Premier film de Henri Calef, une mise en jambes pour celui qui réalisa peu après le très ambitieux Jericho. Le film serait charmant s'il ne perdait rapidement de son intérêt, tournant en rond sur le paquebot où se passe l'action. Le casting est riche mais aucun comédien n'a un matériau suffisant pour montrer son talent. Henri Guisol fait un héros assez terne, largement dépassé par les rôles secondaires interprétés par Martine Carol, Simone Valère, Jean Parédès, Yves Deniaud ou encore Jean Tissier. Mais ils se contentent d'assurer le minimum syndical faute de dialogues de meilleure qualité.

 

Romance de Paris, Jean Boyer, 1941

Georges Gauthier, un ouvrier, est tenu éloigné du monde du spectacle par sa mère, abandonnée par le père chanteur. Mais sous le nom de Papillon, Georges commence à se produire sur scène. Y'a d'la joie dans le film de Jean Boyer, l'un des seuls réalisateurs avant Jacques Demy à avoir un tant soit peu maîtrisé l'art de la comédie musicale. Romance de Paris est l'un des premiers films français tournés après la défaite de 40. Totalement voué à distraire une population meurtrie et soumise aux plus grandes restrictions, le film remplit parfaitement son contrat et séduit encore près de 80 ans plus tard, par sa gaieté, les chansons de Trenet et une bienveillance vis à vis de ses personnages qui ne se dément jamais. Charles Trenet n'est pas un acteur fantastique mais s'en sort sans dommage, extrêmement bien entouré : Jean Tissier, Robert Le Vigan, Alerme, Sylvie et Yvette Lebon.

 

Le père Lampion, Christian-Jaque, 1934

Un égoutier devient, par le jeu des ressemblances, président du conseil de son pays. Il entreprend de tout réformer et le peuple s'enthousiasme. En 1934, le prolifique Christian-Jaque en est déjà à son cinquième film. Et Le père Lampion, quoique méconnu, est l'une de ses réussites d'avant-guerre. Cette comédie satirique tire à vue sur les us politiques de la troisième République. Le film ne cache aucunement ses origines théâtrales mais le rythme est enlevé, les situations croquignolettes et la morale réjouissante. Les moeurs politiques telles qu'elles sont décrites ont finalement peu changé depuis 80 ans. L'interprétation est de bonne tenue bien que les acteurs soient restés obscurs (des comédiens de théâtre, sans doute). Aucune raison de bouder son plaisir devant ce film qui cultive le bon sens dans l'absurde et n'est pas avare de bons mots. Tant il est vrai, comme on nous le fait entendre, que quand les fonctionnaires fonctionnent et que les contribuables contribuent, tout va pour le mieux dans la démocratie.

 

La septième porte, André Zwobada, 1948

Ali est jeune et pauvre. Un vieil homme lui lègue sa fortune et son palais. Avec une recommandation : ne jamais ouvrir la septième porte. Après son François Villon, André Zwobada part pour le Maroc où sa carrière va se poursuivre. Après un court-métrage documentaire, il tourne ce conte oriental un peu perturbant puisque joué par des acteurs français : Georges Marchal, Maria Casarès, Jean Servais, Aimé Clariond ... A tort, Google et wikipédia parlent d'un film musical, alors qu'il s'agit d'une oeuvre fantastique assez pessimiste qui évoque la vie comme un voyage à cheval, en bus ou en camion, où la jeunesse ne dure finalement qu'un instant. Le film manque de rythme et son scénario use parfois de subterfuges trop faciles mais la conclusion est belle.

 


19/04/2019
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Guirlande de vieux films (Avril/1)

Manon des sources, Marcel Pagnol, 1953

Dans un petit village de Provence, les gendarmes recherchent Manon, la fille du « bossu des sources », qui s’est tué à la tâche car il devait s’approvisionner en eau chaque jour à plusieurs kilomètres. Combien de cinéphiles ont découvert la Manon des sources de Pagnol après celle de Berri qu'il ne faudrait pas d'ailleurs vouer aux gémonies car elle a aussi des qualités, bien différentes du film de 1953 lequel précède de quelques années le roman de Pagnol, L'eau des collines, qui raconte l'intrigue autrement (c'est le livre qu'adaptera Berri). Ce qui frappe le plus dans les deux films de près de deux heures qui composent Manon des sources, c'est que Pagnol aime à prendre son temps et tant pis si ses scènes sont plus théâtrales que cinématographiques, lestés de dialogues souvent savoureux (Le jeu du poil) mais parfois trop abondants. Au-delà du caractère tragique de son histoire, c'est l'évocation chaleureuse et lyrique de sa Provence qui séduit dans ce film qui reste remarquable malgré ses défauts de mise en scène (faux raccords à profusion) et une actrice principale, oui Jacqueline Pagnol, qui à du mal à se rendre crédible dans son rôle de sauvageonne, surtout avec ce phrasé si particulier. Heureusement qu'il y a à ses côtés Rellys, Fernand Sardou et l'immense Charles Blavette. Pour sa part, Raymond Pellegrin n'est pas mal du tout, bien qu'étranger au petit monde de Pagnol.

 

L'homme du jour, Julien Duvivier, 1936

Boulard, un brave électricien, donne son sang pour sauver la vie d'une actrice célèbre. Le voilà devenu l'homme du jour. Sans rivaliser avec les meilleurs films de Duvivier des années 30, L"homme du jour est mieux qu'honorable, petite fable amère sur la notoriété et ses vanités. Le pessimisme et la misanthropie du cinéaste sont certes un peu sertis dans une enveloppe comique et fantaisiste mais n'en restent pas moins visibles et confèrent au film une singulière mélancolie jusqu'à cette mise en abyme étonnante d'un Maurice Chevalier dédoublé. Ce dernier, moitié ahuri, moitié lucide, est assez remarquable et son charisme toujours éclatant, 80 ans plus tard, quand il entonne Ma pomme ou Y'a d'la joie. Alerme est merveilleux comme toujours et la jeunesse de Robert Lynen nous émeut, lui, le résistant qui sera fusillé par les nazis en 44.

 

Le plus joli péché du monde, Gilles Grangier, 1951

Zoé, tout juste licenciée, ne voit qu'une solution pour s'en sortir : devenir courtisane. Mais rien ne se passe comme prévu. C'est un film mineur de Gilles Grangier où le cinéaste démontre cependant qu'il a un savoir-faire certain pour embellir un scénario qui n'a qu'une valeur toute relative. C'est une sorte de comédie romantique avec un aspect boulevardier mais qui, par bonheur, ne tombe jamais dans la vulgarité. Georges Marchal et Dany Robin forment un beau couple, quoi de surprenant, ils l'étaient aussi à la ville, à l'époque. Noël Roquevert, en quaker à la morale plutôt élastique, est formidable mais son rôle est bien trop court. Un divertissement sans prétention ni ambition particulière, qui n'a rien de désagréable, ma foi.

 

Les petits riens, Raymond Leboursier, 1942

Sur une musique de Mozart, des amis évoquent les petits riens qui bouleversèrent leur vie. Ainsi, ils se remémorent comment, par des choses anodines, leur destin a basculé. Les films à sketches étaient fort à la mode sous l'Occupation. La plupart du temps, le résultat a été inégal, pour Les petits riens, cela ne vaut vraiment pas grand-chose. Le concept en lui-même est déjà filandreux et ne donne lieu qu'à des épisodes plutôt anecdotiques même pas relevés par des dialogues saillants. C'est parfois même assez consternant. Bien sûr, Fernandel, Jules Berry, Claude Dauphin, Andrex et, in fine, Raimu, figurent au générique. Mais leur rôle est mince et ils n'ont guère l'occasion de s'illustrer. Un film anodin et insipide, rien d'autre.

 

L'ennemi sans visage, Maurice Cammage et Robert-Paul Dagan, 1946

Un savant veut insuffler la vie à un automate. On lui confie pour cela un condamné à mort. Au moment de l'opération, le savant est assassiné et l'on ne retrouve personne près du corps… Le scénario emprunte une trame fantastique, façon Frankenstein, avant de virer très vite au suspense. Normal, il s'agit de l'adaptation d'un roman de Steeman, le même auteur qui a donné le matériau pour L'assassin habite au 21, Le dernier des six, Quai des orfèvres ou Dortoir des grandes. L'ennemi sans visage est loin de valoir les films précédents, il est même assez ridicule et maladroit, cherchant un brin de fantaisie dans ses dialogues sans qu'il n'y en ait aucune trace dans la mise en scène. Celle-ci est assurée par le tâcheron Maurice Cammage (Les cinq sous de Lavarède) qui mourut pendant le tournage. Il n'est même pas crédité au générique du film, terminé par l'obscur Robert-Paul Dagan. Jean Tissier est relativement sobre et semble peu intéressé au contraire de la piquante Louise Carletti qui essaie sans succès de donner du dynamisme au récit.

 


02/04/2019
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