Cinéphile m'était conté ...

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Oldies


Défilé de vieux films (Avril/3)

Les soleils de l'île de Pâques, Pierre Kast, 1972

Près de 50 ans après sa sortie, Les soleils de l'île de Pâques reste l'un des films les plus étranges du cinéma français. L'un des plus ésotériques, intellectuels et, hum, prétentieux, également. Avant la rencontre cosmique prévue sur l'île de Pâques, et d'essayer de comprendre les mystères de l'humanité, pas moins, le film charrie tout un tas d'idées et d'images sur l'énergie solaire, la violence policière, le crépuscule capitaliste, entre autres sujets ma foi toujours actuels. Malgré la brume mystique qui l'obscurcit et son style bâtard entre le documentaire et la science-fiction, le film est loin d'être un supplice et comporte quelques moments de grâce naïve. L'interprétation, Alexandra Stewart,Maurice Garrel et Françoise Brion sont de l'aventure, est assez désastreuse mais même cette théâtralité assumée fait partie de l'expérience.

 

Le puits aux trois vérités, François Villiers, 1961

Une jeune femme meurt un soir, d'une balle de revolver. Assassinée ou suicidée ? L'intérêt du film n'est pas dans la résolution du mystère mais dans la description d'un ménage à trois qui ne dit pas son nom avec le mari, l'épouse et la mère de cette dernière. Le puits aux trois vérités, réalisé par le peu doué François Villiers, essaie de donner une touche Nouvelle Vague (nous sommes en 1961) à un drame qui reprend les grandes recettes du cinéma français de la décennie précédente. Ce n'est pas déplaisant mais assez mou et téléphoné avec des interprètes mal dirigés qui ne sortent guère de leur schémas de jeu : Brialy en godelureau cynique, Morgan en dame moins bourgeoise qu'elle n'en a l'air et Spaak en jeune fille malheureuse. Seule petite fantaisie à signaler : l'apparition furtive de Trintignant, Aumont et Béart à un vernissage.

 

Les évadés, Jean-Paul Le Chanois, 1955

La comparaison avec La grande illusion n'est évidemment pas à l'avantage de ces Évadés, même s'il s'agit d'une histoire véritablement vécue. La plus grande parie se passe dans un wagon en route pour la Suède où les trois héros n'ont d'autre but que de ne pas mourir de soif. Peu de péripéties donc, hormis vers la fin, et de grandes leçons de vie assénées avec plus ou moins de lourdeur. Pierre Fresnay est égal à lui-même, un peu coincé, et François Périer joue le chien fou et couard avec la conviction qu'on lui connait. Jean-Paul Chanois, l'une des cibles favorites des hussards de la Nouvelle Vague a fait par ailleurs des choses bien plus intéressantes.

 


19/04/2021
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Défilé de vieux films (Avril/2)

La danse sous la pluie (Ples v dezju), Bostjan Hladnik, 1961

Une actrice de théâtre vieillissante aime un garçon plus jeune qui ne lui accorde ses faveurs qu'avec mépris. Considéré comme le film le plus important de Slovénie, La danse sous la pluie est le premier long-métrage de Bostjan Hladnik, qui a travaillé avec Chabrol, à la fin des années 50. Le film est caractéristique de son époque, très inspiré par la Nouvelle Vague mais aussi par Luis Bunuel. Pas toujours facile de s'y repérer entre la réalité et le rêve, dans une ambiance tristounette de quête existentielle. La mise en scène est virtuose et le film ne manque pas de bonnes idées (le couple de jeunes gens, extérieur à l'histoire principale, qui apparait à plusieurs reprises en contrepoint). En fin de compte, le spleen de Ljubljana a tendance à contaminer le spectateur qui ne peut qu'être passif devant cette intrigue somme toute ténue.

 

Un chariot pour Vienne, Karel Kachyna, 1966

A la fin de la guerre, peu après la mort de son mari, une jeune femme tchécoslovaque est contrainte d'accompagner deux soldats autrichiens qui fuient les russes. Avant la merveille qu'est L'oreille, Karel Kachyna a tourné quelques films de bonne facture, dont Un chariot pour Vienne, sorte de road-movie à trois personnages, une veuve et deux soldats. L'intrigue est assez mince et les échanges limités puisque la première ne comprend pas la langue des deux autres et réciproquement. Mais Kachyna parvient à créer une atmosphère particulière dans la traversée d'une forêt qui semble sans fin, avec notamment une musique baroque étonnante. Le dénouement est évidemment des plus cruels et n'a guère été apprécié des autorités tchèques et encore moins par les russes.

 

Noces de pierre (Nunta de piatra), Mircea Veroiu et Dan Pita, 1973

Deux histoires distinctes, avec deux réalisateurs différents avec des lieux et une époque communs : la Roumanie du début du XXe siècle. Le choix du noir et blanc convient bien à ces récits d'atmosphère qui se passent pratiquement de mots, quelques éléments  narratifs étant apportés par des chansons. Le premier segment, où une veuve travaille pour acheter une belle robe pour l'enterrement de sa fille mourante, est sinistre mais plastiquement somptueux. Un peu plus de gaieté dans la seconde partie où une femme prend la fuite avec un chanteur, le jour de ses noces. Ce classique roumain des années 70, malgré son austérité et ses intrigues ténues, est une vraie curiosité qui a son charme.

 


15/04/2021
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Défilé de vieux films (Avril/1)

Lydia, Julien Duvivier, 1941

Vague remake de son Carnet de bal, Lydia est le premier des 5 films tournés en Amérique par Julien Duvivier, pendant le seconde guerre mondiale. Et pas son meilleur, loin de là, malgré une entame dynamique et enjouée où Merle Oberon papillonne et rayonne. Quelques scènes remarquables sont à relever : le bal ou la course de calèches, par exemple. La suite, plus amère, et très sentimentale, est un brin répétitive avec les prétendants éconduits de la belle et son seul amour, irréel. Construit en flashbacks, le film pâtit d'une certaine lourdeur et d'un excès de dialogues. L'interprétation est correcte, celles de Merle Oberon et de Joseph Cotten, avec une mention particulière pour leur aînée, Edna May Oliver, haute en couleurs, qui mourut peu après le tournage.

 

Le joyeux charlatan (Meet me at the Fair), Douglas Sirk

Avant ses grands mélodrames, Douglas Sirk a tourné plusieurs longs-métrages, en partie des comédies musicales, que l'on qualifiera de légères. Meet me at the Fair a été réalisé entre Qui donc a vu ma belle ? et Take me to Town qui dans ce même registre procurent un petit plaisir tant leur modestie et leur sincérité semblent évidentes. Avec son titre français très parlant, Le joyeux charlatan, Meet me at the Fair dresse un tableau vivant d'une petite ville américaine du début du XXe siècle. L'humeur est à la gaieté avec son personnage principal, aventurier au grand coeur et petit escroc à l'occasion qui prendra fait et cause pour défendre des orphelins sans défense face à la corruption des politiciens locaux. Sous la fantaisie, il y a donc dans le film une apologie de certaines valeurs américaines avec lesquelles on ne transige pas et que, en tant qu'émigré, Sirk célèbre en même temps qu'il s'en amuse, et nous avec.

 

Doctors' Wives, Frank Borzage, 1931

Plusieurs films de Borzage se déroulent dans le monde de la médecine (La lumière verte, Chirurgiens), soulignant le dévouement, voire l'héroïsme de praticiens qui font passer leur vie privée au second plan. Petit film d'un très grand réalisateur, Doctors' Wives est d'une assez grande sécheresse thématique et visuelle, loin des chefs d’œuvres passés et à venir du maître. Une histoire simple : la femme délaissée d'un médecin n'en peut plus d'être négligée par son mari qui semble avoir pour patientes les plus jolies femmes de la ville. Quel médicament peut soigner la jalousie ? De l'amour en piqures, évidemment, matin, midi et soir.

 


06/04/2021
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Défilé de vieux films (Mars/3)

Le banquet (Banketten), Hasse Ekman, 1948

Le richissime banquier Cotten voudrait voir son fils cadet lui succéder. Mais celui-ci a un idéal communiste. Son frère aîné est un parasite et sa sœur mal mariée à un sadique. La haute bourgeoisie suédoise de l'après-midi en prend pour son grade dans Banketten, l'un des meilleurs films du méconnu Hasse Ekman. Entre mépris et cynisme, jusqu'au drame, le film se révèle d'une incroyable cruauté, notamment pour la vie de couple, marquée par l'alcoolisme, l'adultère et la haine. Brillamment exécuté et interprété, un classique du cinéma suédois qui a sans doute inspiré Bergman et Vinterberg, dans leur description peu amène de la famille.

 

Deux personnes suspectes (To mistenkelige personer), Tancred Ibsen, 1950

Deux officiers de police sont tués en forêt. Les meurtriers, un voyou suédois et un jeune norvégien, sont pourchassés par la police. Adapté d'un roman qui relatait des faits ayant traumatisé la Norvège en 1926, le film a été interdit de projection pendant 50 ans, suite au recours déposé par l'un des deux criminels dont la peine avait été purgée en 1950. Davantage qu'à l'enquête, le film s'intéresse aux faits et gestes des meurtriers et la traque finale, dans la neige et les bois, occupe un tiers de l'action. Bien réalisé, Deux personnes suspectes manque parfois de nerf mais reste assez efficace, dans un style noir imité des productions américaines. Il a surtout l'avantage de se passer quasi intégralement dans des décors naturels. Tancred Ibsen, petit-fils du célèbre écrivain, a réalisé 20 ans plus tôt le premier long-métrage sonore norvégien.

 

La chambre verte des Linnais (Linnaisten virheä kamari), Valentin Vaala, 1945

La visite d'un jeune architecte à une famille noble engendre la découverte d'une chambre cachée et la révélation d'un secret. Curieux film que cette Chambre verte des Linnais qui mélange plusieurs genres : social, sentimental et fantastique, faisant d'un château finlandais (hanté) le personnage le plus fascinant du film. Connu pour être une sorte de Lubitsch finlandais, Valentin Vaala trousse un métrage élégant et parfois gothique, remarquable pour son montage et sa mise en scène discrètement virtuose (voir les scènes sur le lac gelé ou l'incendie). Désuet, c'est certain mais ce n'est pas pas loin d'être une pépite et donne envie d'en voir davantage du réalisateur dont ce n'est pas censé être le meilleur film.

 


30/03/2021
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Défilé de vieux films (Mars/2)

La mafia fait la loi (Il giorno della civetta), Damiano Damiani, 1968

Fraichement nommé dans une petite ville de Sicile, le capitaine Bellodi décide de passer outre les traditions locales et d’enquêter sans peur sur le meurtre du patron d’une entreprise de construction. Première incursion de Damiano Damiani dans le monde de la mafia, avec pour support un roman du sicilien Leonardo Sciascia. Le ton n'est pas au romantisme mais au réalisme dans ce polar qui s'intéresse surtout au jeu du chat et la souris entre le policier et l'organisation. Les bras de la pieuvre étouffent toute possibilité de faire justice et le film montre avec une fibre quasi documentaire la puissance de l'omerta. Le film a perdu de son potentiel initial mais reste solide, même si trop bavard, avec des interprétations impeccables : Claudia Cardinale, Franco Nero, Lee J. Cobb et Serge Reggiani, entre autres.

 

Marcher ou mourir (Italiani brava gente), Giuseppe de Santis, 1864

En 1941, des troupes italiennes arrivent en Ukraine pour prêter main forte à leurs alliés allemands qui ont lancé une offensive contre l'URSS. Plus qu'une intrigue, l'avant-dernier film de Giuseppe de Santis chemine autour d'une succession d'épisodes de 1941 à 1944, jusqu'à une piteuse retraite, synonyme de bérézina, s'attachant à plusieurs destins individuels, racontés en voix off, post mortem. Le film a bénéficié d'une impressionnante logistique soviétique qui explique l'aspect très réaliste des combats mais aussi un parti pris évident pour les héros russes, les italiens apparaissant comme méprisés par les allemands et perdus dans une guerre trop grande pour eux. Les italiens sont de braves gens comme le dit le titre original et ,malgré son côté propagandiste, il y a de bons moments dans ce long-métrage où l'on a la surprise de voir Peter Falk en médecin transalpin, qui ne fait cependant qu'une courte apparition.

 

Adolescents au soleil (Diciotenni al sole), Camillo Mastrocinque

Un été sur l'île d'Ischia. De jeunes italiens aux prises avec des vacancières allemandes, américaines ou françaises. Inoffensifs chassés-croisés sentimentaux dans le golfe de Naples, filmés mollement par un vieux routier du cinéma italien. Quelques saynètes amusantes mais l'ensemble est plutôt anecdotique relayant les clichés habituels selon la nationalité des jeunes femmes pourchassées par les mâles italiens. La charmante Catherine Spaak, qui tourna la même année dans Le fanfaron, apporte un peu de fraîcheur et d'ingénuité sous le soleil.

 


19/03/2021
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Défilé de vieux films (Mars/1)

Un brave garçon (Slavnii malii), Boris Barnet, 1943

Des partisans, installés en pleine forêt,  près de Novgorod, cherchent à détruire un aérodrome clandestin nazi. Appelé parfois Les hommes de Novgorod, le film ne vaut pas les longs-métrages de la première partie de la carrière de Boris Barnet, notamment ceux de la période du muet. Entre comédie, romance, drame et combats aériens, le cocktail est assez peu convaincant, avec un pilote français parachuté et un chanteur lyrique débarqué de nulle part, au milieu des partisans. Ce qui implique un certain nombre d'intermèdes musicaux pour le moins incongrus. La censure soviétique ne délivra pas de visa de sortie au film, jugé "trop peu sérieux." Il ne fut projeté à Moscou qu'en 1992.

 

Naktibalda, Arunas Zebriunas, 1973

Le petit Domas transcende la réalité de ses rêves. Et il dort beaucoup, en particulier à l'école. Tourné 4 ans après La belle, son film majeur, le lituanien Arunas Zebriunas plonge à nouveau dans le monde de l'enfance. Mais cette fois, les adultes sont davantage présents, notamment les parents de Domas, bien mal assortis, une enseignante et même un général. Naktibalda un film charmant, un peu inoffensif, qui exalte la pureté de la jeunesse, la liberté de rêver et, un peu, la vanité de ceux qui détiennent l'autorité. Un message caché dans l'URSS des années 70 ? Qui sait ?

 

Un jeune homme sévère (Strogiy yunosha), Abram Room, 1935

Un jeune homme, pénétré de l'idéal communiste, discute de la construction d'une nouvelle société et tombe amoureux de la femme d'un chirurgien. Le film a été interdit pendant près de 40 ans, pour son caractère "pernicieux" et ses réflexions oiseuses sur l'égalité sociale. Ce sont plutôt les déficiences techniques que l'on remarque, le passage au parlant n'y étant guère digéré. Le découpage est désastreux et l'interprétation mécanique. Ne parlons pas du scénario, ou de son absence, qui se limite à des ratiocinations fastidieuses sur les façon d'améliorer les bienfaits du socialisme. Il semble que Abram Room, dans ce film ukrainien, ait voulu injecter une bonne dose d'humour, comme dans la scène de rêve où un athlète lance des tartes à la crème sans discontinuer, à la façon d'un discobole. Ce n'est pas drôle mais consternant.

 

 

 


10/03/2021
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Défilé de vieux films (Février/2)

Sexe fou (Sessomatto), Dino Risi, 1973

Une suite de sketches pour un résultat relativement inégal. Ce qui est constant, c'est la beauté sensuelle de Laura Antonelli et le génie comique de Giancarlo Giannini. On est assez souvent proche des Monstres et l'un des segments annonce Affreux, sales et méchants. A retenir surtout celui qui utilise le personnage d'un travesti pour passer un message très fort contre l'homophobie et un autre, étrange mais pénétrant, qui évoque un dépôt dans une banque de sperme. Pour le reste, désirs et frustrations sont accommodés à toutes les sauces, une bonne manière de railler la virilité du mâle italien.

 

Ma femme est un violon (Il merlo maschio), Pasquale Festa Campanile, 1971

Un violoncelliste anonyme et transparent s'aperçoit qu'il devient enfin important quand il exhibe la nudité de son épouse. Une comédie érotique scabreuse et assez agressive comme les italiens en avaient le secret. Même si le film donne souvent l'impression d'être essentiellement un hymne aux courbes de Laura Antonelli, beauté callipyge incontestable, il y a bien un scénario dans Ma femme est un violon (violoncelle aurait été plus exact ou violonsexe, qui était le titre initial en français, rejeté par la censure). Une farce qui pousse très loin le délire obsessionnel de son protagoniste, un peu trop même, et pénalisé par le jeu de Lando Buzzanca dans un rôle ou un Tognazzi, un Sordi ou un Gassman auraient fait merveille. Mais il y a la merveilleuse Laura Antonelli, pas mauvaise actrice d'ailleurs, qui commence à se spécialiser dans l'érotisme.

 

Obsédé malgré lui (All'onorevole piacciono le donne), Lucio Fulci, 1972

Un sénateur, candidat à la présidence de la République, fait l'objet d'un chantage car il ne peut s'empêcher d'avoir les mains baladeuses. Nous voici dans une grosse farce politique qui ne fait pas dans la demi-mesure. La mafia et l'Eglise sont de la partie, tout le monde étant allègrement corrompu. S'y ajoute une dimension érotique qui vient brouiller le message dans un récit désordonné où la satire, pas très drôle, se révèle très souvent vulgaire et parfois confuse. Il est vrai que le film, saisi avant sa première projection, a été défiguré par la censure. Lando Buzzanca ne convainc pas davantage que dans ses autres rôles tandis que Laura Antonelli est réduite à la portion congrue. Quant à Francis Blanche, égal à lui-même, il est malheureusement peu aidé par le doublage, systématique pour les acteurs non italiens.

 


26/02/2021
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Défilé de vieux films (Février/1)

Les violents, Henri Calef, 1957

Un éclusier reçoit un paquet anonyme, de même que son cousin, qui a réussi dans les affaires. Quand ils sont assassinés, les soupçons se portent sur un neveu, motivé par la vengeance. Sauf que l'intrigue est bien plus complexe, dans ce film noir qui a pour lui l'atmosphère brumeuse et nocturne de Honfleur. La résolution de l'énigme, bien embrouillée, est peu satisfaisante mais l'intérêt est tout de même soutenu, ce qui est loin d'être le cas de tous les films de Henri Calef, cinéaste de moindre importance. Fernand Ledoux est excellent, comme toujours, et Paul Meurisse surprenant et flegmatique. Françoise Fabian apporte un brin de sensualité dans ce long-métrage qui retrouve par moment un air de Quai des brumes. Mais ici, il y a Honfleur et couronnes et une ambiance crépusculaire.

 

Bécassine, Pierre Caron, 1940

Bécassine, la bonne de la marquise de Grand-Air, aide à confondre des escrocs. Les Bretons n'ont guère apprécié cette version sortie en septembre 1940 et qui est assez différente du célèbre personnage de bande dessinée. Paulette Dubost, que l'on avait pu apprécier auparavnt dans La règle du jeu, donne en effet l'image d'une jeune fille plutôt astucieuse et pétulante, dont la naïveté n'est pas la caractéristique principale. Le film de Pierre Caron, réalisateur de peu d'envergure, n'est ps tout à fait un nanar grâce à un sens de l'absurde qui apparait de temps à autre dans les dialogues. L'intrigue n'a que peu d'importance mais le rythme est plaisant et les intermèdes musicaux distrayants. Max Dearly est parfait en professeur Tournesol menacé par le démon de midi.

 

La neige était sale, Luis Saslavsky, 1953

Sous l'Occupation allemande, Franck Friedmaier, petite frappe froide et cynique, vit dans la toute-puissance et l'amoralité la plus totale. Adapté d'un roman de Simenon, La neige était sale est le premier des 4 films tournés en France par le cinéaste argentin Luis Salavsky. Portrait sans concession d'un type abject, dégoûté de lui-même et par conséquent des autres, le film ne déçoit que dans ses dernières minutes, davantage axées vers le mélodrame. La censure a obligé le réalisateur à déplacer son intrigue dans un pays d'Europe centrale mais il est évident qu'il se déroule en France, à la période la plus noire de l'Occupation. C'était le rôle que préférait Daniel Gélin et il est effectivement remarquable en crapule sans foi ni loi. Marie Mansart, dont c'est la première apparition au cinéma, et qui a eu une carrière confidentielle, est l'exact contrepoint du "héros", symbole de pureté dans un monde souillé.

 


22/02/2021
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Défilé de vieux films (Janvier/4)

Palabre sur le nil (Sarsara fawq al-Nil), Hussein Kamal, 1971

Une péniche sur le Nil dans les années soixante. Tous les soirs, des amis se rejoignent et refont le monde dans les vapeurs du haschisch. Adapté d'un célèbre roman de Naguib Mahfouz, le film de Hussein Kamal décrit la vie décadente, insolente et libertine d'une poignée d'intellectuels qui se moquent de la société, de la politique et de la morale, au côté d'un petit fonctionnaire qui essaie d'oublier la corruption et le cynisme de son époque. Il est l'un des pivots du film mais pas le seul, chacun des personnages étant particulièrement bien dessiné. Le contexte est celui de la guerre des six jours et le régime de Nasser, autant critiqué que le mode de vie dégénéré de ses principaux protagonistes. Souvent drôle, toujours cruel, excellemment filmé, Palabre sur le Nil est d'une puissance que les années ont peu altéré.

 

Hassan et Naïma (Hasan wa Naymah), Henry Barakat, 1959

Hasan, chanteur de mariages, aime Naïma, fille de propriétaire terrien, et réciproquement. Mais le père de la jeune femme a d'autres projets. Ah, les amours contrariées, que serait le cinéma sans elles ? Hassan et Naïma est une version égyptienne de Roméo et Juliette, pleine d'embûches en cours de route, mais moins tragique en son épilogue. Henry Barakat, qui a signé quelques classiques solides au pays des Pharaons, n'est certes pas un Shakespeare du Nil mais sait mettre quelques ingrédients autres que le sucré d'une romance, parfois niaise, pour élever les débats. Un petit côté social, par exemple, mais si ce n'est qu'une esquisse. Et puis, le méchant de l'histoire est très réussi et éclipse facilement les roucoulements des deux héros enfievrés d'amour.

 

Le voleur et les chiens (El less wal kibab), Kamal El-Cheikh, 1962

Saïd est un caïd de petite envergure, dénoncé par son meilleur ami qui lui ravit son épouse durant son emprisonnement. Mais l'heure de la vengeance va sonner. Adapté d'un roman célèbre de Naguib Mahfouz, Le voleur et les chiens montre un criminel victime d'une société inégalitaire. Sans excuser ses méfaits, le film évoque une Egypte, du temps de Nasser, où les disparités sont criantes et l'espoir limité, pour les plus miséreux. Le personnage le plus emblématique est sans doute celui de la prostituée, attachée à Saïd, et qui rêve naïvement à une autre vie, impossible. Le film est bien fait, se déroulant une grande partie de nuit, penchant vers le cinéma noir américain et ses héros solitaires et enragés, à la fois victimes et bourreaux.

 


18/01/2021
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Défilé de vieux films (Janvier/3)

Mon quartier (Waga machi), Yûzô Kawashima, 1956

En 1906, après avoir participé à la construction d'une route aux Philippines, un homme retourne au Japon. La compagne qu'il a abandonnée est mourante et elle lui laisse une petite fille. Waga machi s'étend sur 40 ans, avec de fortes ellipses, et trace le portrait d'un japonais de l'ancien temps, qui ne comprend pas que ses valeurs, fondées sur la toute puissance impérialiste de son pays, n'ont plus lieu d'être. Ce personnage antipathique, conducteur de rickshaw, qui sème le malheur autour de lui, est traité avec une certaine bienveillance amère, opposé qu'il est aux femmes de sa vie, notamment sa fille puis sa petite-fille. Le film choisit une certaine légèreté, et parfois truculence, dans un contexte de mélodrame, pour célébrer la nouvelle voie empruntée après la guerre par le Japon.

 

La méduse électrique (Denki Kurage), Yasuzo Masumura, 1970

La jeune et sage Yumi change radicalement de vie après l'emprisonnement de sa mère. Cette dernière a tué son amant, après le viol de Yumi. Cette dernière, comme souvent les femmes chez Masumura, n'est pas qu'une victime et sa vengeance sera totale. Une chronique érotico-sociale et amorale d'un réalisateur qui s'y connait en matière de perversité et qui ne se prive pas de cingler la société japonaise, patriarcale et corrompue. Le film n'a pas le même impact que ses plus grandes réussites antérieures, que la censure rendait plus subtiles, mais la science du récit et surtout de l'image de ce maître japonais désormais reconnu est indéniable.

 

Au fil des ans dans la joie et la peine (Yorokobi mo kanashami mo ikutoshitsuki), Keisuke Kinoshita.

25 ans de dur labeur pour un couple de gardiens de phare, aux 4 coins du Japon. Cette fresque de plus de 2 heures 30 est bien dans la manière de Kinoshita : un hommage vibrant à une profession rude qui exige loyauté et sens du sacrifice. Le film en rajoute un peu avec une chanson qui revient en boucle mais on y retrouve les grandes qualités du cinéaste japonais, avec sa fluidité narrative, son sens des ellipses, sa manière de traité les petits rien du quotidien et, bien entendu, une maîtrise formelle tant pour les scènes intimistes que pour les plans de paysages. Les glandes lacrymales sont moins sollicitées que dans Les 24 prunelles mais un peu quand même alors que la période de guerre est traité un peu mollement. Hideko Takamine, la femme du gardien de phare, est comme à l'habitude merveilleuse et ... lumineuse.

 


11/01/2021
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