Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Oldies


Provision de vieux films (Février/2)

La peur (O fovos), Kostas Manoussakis, 1966

Le fils frustré d'un propriétaire terrien, encore vierge à près de 30 ans, viole et tue accidentellement une jeune servante. Le père du meurtrier cache le corps dans les marais. Une tragédie grecque moderne, située en milieu rural, d'une profonde densité, avec une atmosphère à couper au couteau. La mise en scène est remarquable, brutale parfois dans le montage, accompagnée d'une musique métallique à la limite de la dissonance, en harmonie avec des liens familiaux pleins d'animosité et de ressentiment. Les personnages sont riches et profonds, un peu outrés comme dans toute tragédie qui se respecte. Ce film impressionnant de Kostas Manoussakis, sélectionné à la Berlinale, est le troisième et dernier d'un réalisateur résolument en marge des productions commerciales. Son précédent film, Trahison, a été présenté au Festival de Cannes 1965.

 

Les îles enchantées (As ilhas encantadas), Carlos Viladerbo, 1965

Seul long-métrage du franco-portugais Carlos Viladerbo, cette adaptation d'une nouvelle de Melville est un film rythmé par une voix off et les vagues de l'océan. Un récit contemplatif et poétique qui suscite quelque fascination dans ses premières minutes, largement émoussée ensuite faute de véritables enjeux narratifs ou psychologiques. L'ennui gagne du terrain peu à peu malgré l'élégance de Pierre Vaneck, l'étrangeté androgyne de Pierre Clémenti et la noblesse hiératique de la reine du fado, Amalia Rodrigues, qui montre un début de talent de tragédienne. Mais le film ne suscite guère d'émotion malgré ses qualités plastiques.

 

Le journal d'un vieux fou (Fûten rôji nikki), Keigo Kimura, 1962

Tiré d'un roman tardif de Tanizaki, le film raconte l'emprise d'une belle-fille sur un vieil homme diminué après une attaque. Sa libido fonctionne toujours, hélas, et il est prêt à tout pour un baiser. Avec la superbe Ayako Wakao en vedette, le film de Kimura ressemble aux autres adaptations du romancier japonais, avec la même actrice, mais réalisées par le bien plus talentueux Masumura (Tatouage, Passion). Ici, au lieu de la comédie noire promise, l'ensemble est le plus souvent embarrassant, voire pathétique, la vieillesse et la sénilité de l'un face à l'avidité de l'autre donnant lieu à des situations gênantes pour le spectateur, souvent grotesques et vraiment pas drôles.

 

Retroscena, Alessandro Blasetti, 1939

Visiblement agencé pour concurrencer les comédies américaines, Retroscena (coulisses) est une oeuvrette plutôt agréable, eu égard au savoir-faire d'Alessandro Blasetti, bien dans la lignée du cinéma des "téléphones blancs" de l'époque mussolinienne. Au-delà de l'intrigue sentimentale, entre un baryton vieillissant et une jeune pianiste (l'écart d'âge est dans les conventions de l'époque), le film insiste à plusieurs reprises sur la stupidité de considérer le talent des artistes étrangers alors que beaucoup d'autres fleurissent en Italie. Un couplet nationaliste pas trop lourd, heureusement, dans un long-métrage par ailleurs élégamment réalisé.

 

Capkovy  povidky, Martin Fric, 1947

5 récits policiers, tirés de l'oeuvre de l'écrivain Karel Capek, se succèdent, tournant de près ou de loin autour d'un commissaire de police. Les différents segments s'enchaînent avec une certaine fluidité dans des registres très différents : comique, dramatique, épique et même fantastique avec une dernière histoire qui se termine au Ciel avec Dieu, en personne. Les faiblesses humaines sont traitées de manière presque philosophique dans la Tchécoslovaquie des années 30 (le film date cependant de 1947) par le meilleur et le plus prolifique des cinéastes du pays avant l'arrivée de la Nouvelle Vague tchèque, à la fin des années 60.

 


18/02/2020
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Provision de vieux films (Février/1)

Le voyageur sans bagage, Jean Anouilh, 1944

Un homme, amnésique et pensionnaire d'un asile depuis 15 ans, visite une famille qui a pu être la sienne. Adapté de sa pièce de théâtre et coscénarisé par Jean Aurenche, Le voyageur sans bagage est le premier des deux films réalisés par Jean Anouilh. Si l'oeuvre manque de rythme et peut être taxée de théâtrale, elle n'est pas moins bien agencée, décrivant parfaitement les us et coutumes d'une petite ville, avec ses petitesses et ses inimitiés, un peu comme Le corbeau de Clouzot, mais avec moins de verve, évidemment, et davantage de mélancolie, dès lors que les souvenirs de cet amnésique refont surface. Pierre Fresnay est épatant de sobriété et bien accompagné par quelques pointures de l'époque : Blanchette Brunoy, Pierre Renoir, Louis Salou, Jean Brochard, Sylvie, Marguerite Deval ...

 

Week-end à Zuydcoote, Henri Verneuil, 1964

Redécouvrir Week-end à Zuydcoote et être étonné pas la qualité du film, même et surtout après avoir vu le Dunkerque de Nolan, il y a quelques mois. L'un des meilleurs de Verneuil, adaptation intense du livre de Merle. Certains n'y voient pas d'intrigue alors qu'elle est très forte, au contraire, autour d'un soldat en déshérence, à l'image d'un pays qui sombrait corps et bien et se dirigeait, la mine battue et l'esprit abattu vers les années parmi les plus sombres de son Histoire. Pas d'héroïsme dans Week-end à Zuydcoote, juste quelques grammes de camaraderie dans l'enfer des dunes, sous le feu allemand. Rien de picaresque non plus, rien que des soldats de plomb qui tournent en rond et qui plaisantent pour oublier qu'ils sont mortels. Réalisme et épaisseur humaine dans un récit de destruction et de désespoir. On n'a pas assez dit que Belmondo est prodigieux de naturel dans un rôle où beaucoup de grands acteurs se seraient cassé les dents.

 

Un flic, Maurice de Canonge, 1947

Comme souvent chez de Canonge, cinéaste hélas oublié, l'aspect documentaire est ce qu'il y a de mieux dans Un flic (à ne pas confondre avec le film de Melville). On y voit la fin de l'Occupation et l'immédiat après-guerre traités avec réalisme, marché noir, restrictions et "reconversion" des collabos, compris. Même remarque pour le travail de la police, même si le film est clairement à sa gloire. La scène finale avec assaut contre les gangsters est formidable. Pour le reste, c'est un film noir de bonne facture, qui aurait été sans doute plus intense, s'il avait été signé par un Jules Dassin, par exemple. Noël Couëdel (mort l'année de la sortie du film dans des circonstances extravagantes) est sobre dans le rôle principal et, comme souvent, c'est un "méchant" qui se détache, en l'occurrence Raymond Pellegrin, remarquable.

 

Fausse alerte, Jacques de Baroncelli, 1945

Deux propriétaires d'immeubles voisins se détestent. Mais le fils de l'un et la fille de l'autre filent le parfait amour. L'intrigue de Fausse alerte est cousue de fil blanc, soit, mais c'est sa période de tournage, en 1940, et son contexte qui en font une sorte de témoignage sur la "drôle de guerre" avec un ton résolument optimiste qui lui donne un air de propagande léger et pittoresque (il ne sortit finalement qu'en juin 45). Une belle brochette de comédiens est à l'affiche : Jean Tissier, Gabrielle Dorziat, Saturnnin Fabre, Micheline Presle, Georges Marchal, Raymond Aimos, Lucien Baroux, Yves Deniaud et, cerise sur le gâteau, Josephine Baker qui pousse la chansonnette et distille sa bonne humeur contagieuse. Et tout ce petit monde croit, ou feint de croire, que la guerre ne sera qu'une formalité.

 

L'invité de la onzième heure, Maurice Cloche, 1945

Alors qu'il vient de révéler une invention révolutionnaire, un savant est assassiné par l'un de ses proches. Comédie puis film de SF et surtout whodunit, L'invité de onze heures ne lésine pas sur les rebondissements ni, hélas non plus, sur l'hystérie, dans ce huis-clos qui ne met pas longtemps à être ridicule. Mise en scène absente (cher monsieur Cloche !), interprétation outrée, péripéties saugrenues, dialogues sans esprit : la chose aurait pu être un navet intersidéral et par la même délectable mais non, même pas, rien n'accroche ni ne résonne (monsieur Cloche !). Jean Tissier ne fait aucun effort pour y croire ne serait-ce qu'une minute et la délicieuse Blanchette Brunoy semble comme étrangère au film. Désolation !

 


03/02/2020
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Provision de vieux films (Janvier/1)

Les femmes naissent deux fois (Onna wa nido umareru), Yûzô Kawashima), 1961

Ainsi va la vie de Koen, geisha de son état, qui charme ses nombreux clients par sa fraîcheur et sa gentillesse. Elle délaisse le métier pour devenir une maîtresse attitrée mais son protecteur meurt. Ainsi va la vie de Koen selon Les femmes naissent deux fois, adapté d'une autobiographie. Ni joyeux ni amer, le film de Kawashima se veut réaliste. Malgré des qualités, il est loin de valoir Quand une femme monte de l'escalier de Naruse, bien plus fluide dans sa narration et tout empreint de sourde mélancolie. Kawashima, mort à 45 ans, a réalisé la bagatelle de 46 films en seulement 19 ans. Il a dirigé la merveilleuse Ayako Wakao à plusieurs reprises et son interprétation dans Les femmes naissent deux fois est à la hauteur de son talent.

 

La ligne rouge (Punaine viiva), Matti Kassila, 1959

Durant l'hiver 1905, un paysan misérable tente de survivre avec son épouse et ses 4 enfants. A l'approche d'élections en Finlande, il s'enflamme pour le socialisme. Etonnante et vivifiante découverte que celle de Matti Kassila, cinéaste finlandais très populaire dans son pays dans les années 1950/1960 et qui est mort, très âgé, fin 2018. La ligne rouge est un film singulier, empreint de réalisme, de poésie fruste et d'onirisme, qui dépeint une famille de paysans, isolée dans un coin de Finlande, se débattant dans une pauvreté extrême. C'est à la fois un drame, une comédie avec des accents picaresques et une oeuvre politique avec l'irruption des idées socialistes dans une contrée désolée (la Finlande appartient alors à la Russie tsariste avec un certain degré d'autonomie). Damnés de la terre, les protagonistes de La ligne rouge caressent un temps l'illusion d'une vie décente, avant d'être rattrapés par une succession de drames. Le film est admirablement filmé, tant la nature enneigée que la vie du foyer ou les réunions électorales.

 

Mademoiselle la présidente (La presidentessa), Pietro Germi, 1952

Mademoiselle la présidente n'est pas une comédie à l'italienne, le film est tiré d'une pièce de boulevard à l'esprit très français, digne d'un Feydeau. Pietro Germi se révèle tout aussi doué dans ce registre très léger où les portes claquent, les quiproquos abondent, les rebondissements s'accumulent et les dialogues crépitent. L'affaire est mené tambour battant avec des ingrédients certes un peu surannés aujourd'hui mais qui ne manquent pas de piquant, dans une amoralité réjouissante. L'ex Miss Italie, Silvana Pampanini, y déploie un talent qui n'a pas toujours été mis en valeur, dépassée qu'elle fut par les Loren et Lollobrigida. Dans un rôle à la Mae West, elle fait feu de tous bois et ramène les hommes à leur triste sort de piteux séducteurs.

 

Le printemps (Vesna), Grigori Alexandrov, 1947

C'est triste une comédie ratée, surtout quand elle est pleine de bonnes intentions et s'ingénie à saluer le sacre du printemps et l'arrivée du dégel. Le scénario est léger comme une plume mais lourdement accentué, pas par la mise en scène, plutôt correcte, mais par le récit laborieux et l'accumulation de scènes de quiproquos. On y voit une scientifique et une artiste de music-hall échanger leurs rôles et berner toute la gent masculine, dont la compétence est mise à mal. Ce côté féministe est ce qu'il y a de mieux dans Le printemps qui s'en prend à doses homéopathiques à certains travers de la société soviétique. Courageux, mais à côté fleurissent plusieurs scènes de pure propagande qui ne font pas dans la dentelle. Et puis, péché suprême, on ne s'amuse pas beaucoup dans cette comédie aux semelles de plomb.

 

Sur des avions de papier (Na papirnatih avionih), Matjaz Klopcic, 1967

Une histoire d'amour entre Ljubljana et les alpes slovènes. Matjaz Klopcic fait partie de la nouvelle vague yougoslave, assez inspirée de la française. Sur des avions de papier en possède certains tics notamment pour son montage et l'incrustation de phrases/slogans. Mais le film est avant tout un hymne à la jeunesse avec ses interrogations philosophiques et sociales, l'attrait de l'étranger apparaissant en filigrane. Klopcic filme aussi les passants de la capitale slovène comme autant de portraits pris sur le vif. Par ailleurs, la caméra semble amoureuse de son interprète principale, Snezana Nikcic, que l'on a aperçu auparavant dans Lady Macbeth sibérienne de Wajda et plus tard dans Bunker Palace Hôtel de Bilal. Elle a un côté Françoise Dorléac évident et une fragilité gracile fort attendrissante.

 


13/01/2020
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Guirlande de vieux films (Décembre/2)

Enfance (Shônenki), Keisuke Kinoshita), 1951

En 1944, la famille Kobayashi quitte Tokyo pour la campagne, afin de fuir les raids aériens. En tant "qu'évacuée", elle est mal accueillie par la population locale. Tourné en 1951, Shônenki revient sur une période très proche et son principal intérêt est de montrer le moral d'une nation qui ne pense pas encore perdre la guerre. Ostracisé par ses camarades, le fils aîné de la famille se pose des questions sur l'inactivité de son père qui ne soutient pas l'effort de guerre. Le film n'a pas les qualités habituelles du cinéma de Kinoshita et traîne un peu en route, dénué de scènes véritablement marquantes. Une oeuvre mineure dans une filmographie dense et le plus souvent passionnante.

 

La fille (Cosi come sei), Alberto Lattuada, 1978

Un architecte romain est attiré par une jeune femme avant de découvrir qu'elle pourrait être sa fille. Dans le dernier versant de sa carrière, Alberto Lattuada a signé quelques films assez moyens qui ne doivent pas faire oublier la qualité d'un metteur en scène largement sous-estimé. Sous des dehors un peu scandaleux (pour l'époque) entre inceste et fascination pour les jeunes filles nubiles, La fille est avant tout un film sur la vieillesse qui approche, la solitude matrimoniale et la lassitude d'une certaine bourgeoisie. Le ton est à la mélancolie dans cette histoire d'amour qui ne peut exister que dans une période éphémère. Mastroianni, dans un rôle peu valorisant, joue parfaitement le quinquagénaire un rien blasé et défait, qui retrouve un peu de ses jeunes années amorales et insouciantes, même si ce n'est que pour un temps. Face à lui, Nasstassja Kinski est sidérante de beauté et de grâce. La fille vaut mieux que son image d'érotisme chic et douteux.

 

L'armée invisible (Den usynlige haer), Johan Jacobsen, 1945

Alors que le Danemark est occupé, des résistants ont pour objectif de faire sauter une usine qui collabore avec les allemands. Réalisateur prolifique, Johan Jacobsen tourne L'armée invisible juste après la fin de la guerre. Le film reprend des ingrédients classiques de film noir mais y ajoute une histoire sentimentale pas très heureuse. En gros, le chef des résistants retrouve sa femme après plusieurs années et découvre qu'elle aime son meilleur ami, lequel reprendra le flambeau de l'opération en cours après sa mort. Bref, le scénario est assez peu subtil et la dramatisation excessive de son dénouement fait basuler le film du thriller au mélodrame.

 

Premier amour (Erste Liebe), Maximilian Schell, 1970

Un adolescent en villégiature tombe amoureux de sa voisine plus âgée, issue d'une famille aristocratique déchue. Le grand acteur autrichien Maximilian Schell a réalisé une poignée de films et a débuté avec une adaptation du Premier amour de Tourgueniev. Une coproduction germano-hungaro-suisse, nommé aux Oscars, qui semble surtout animée par le désir artistique de l'auteur, qui se contente de retranscrire les grandes lignes de l'intrigue, sans grand effort pour la continuité narrative. Les images du maître suédois Sven Nykvist sont belles mais la mise en scène abuse des mouvements de caméra, paradoxalement figée dans un syle illustratif qui se veut poétique et rappelle, en moins bien, le style de Visconti. Dominique Sanda, héroïne insaisissable de Erste Liebe, est magnifique.

 

L'homme du train (O anthropos tou trainou), Dinos Dimopoulos, 1958

Lors du passage d'un train, une femme croit reconnaître son premier amour, tué par les allemands, 14 ans plus tôt. Dinos Dimopoulos a réalisé 47 films de 1953 à 1993 et reste l'un des cinéastes grecs parmi les plus connus dans son pays. L'homme du train est un long-métrage hautement romantique qui comporte un long flashback situé pendant l'occupation allemande, avec des éléments de film noir, bien qu'il ne puisse être totalement intégré au genre. Correctement réalisé, il reste cependant trop terre-à-terre, Dimopoulos ne parvenant pas, par sa mise en scène, à sublimer une histoire à fort contenu émotionnel.

 


28/12/2019
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Guirlande de vieux films (Décembre/1)

Des filles au soleil (Koritsia ston hlio), Vasilis Georgiadis, 1968

Sur un malentendu, un berger grec est emprisonné pour avoir abusé d'une touriste britannique. Un classique grec, qui a représenté son pays aux Oscars. Sympathique de prime abord avec la confrontation entre le machisme hellène et la décontraction d'une anglaise en vacances. Mais la comédie folklorique se transforme peu à peu en histoire d'amour improbable, d'un romantisme mièvre, sertie dans une carte postale à la gloire d'Athènes. Dommage pour Georgiadis, l'un des phares du cinéma grec des années 60 aux préoccupations sociales plus affirmées d'habitude (Les lanternes rouges).

 

Dimanche de carnaval (Domingo de carnaval), Edgar Neville, 1945

Un crime est commis le premier jour du carnaval à Madrid. La fille du principal suspect mène sa propre enquête. Réalisateur prolifique du temps du franquisme, Edgar Neville produit, scénarise et filme cette comédie policière sans autre prétention que de divertir, avec une certaine élégance. Il recrée surtout l'ambiance d'un carnaval dans un vieux quartier de Madrid, au début du XXe siècle, ce qui lui permet de faire porter des masques aux principaux protagonistes dans des scènes clés, notamment dans le traditionnel enterrement de la sardine. Il ajoute une touche de glamour avec l'actrice Conchita Montes, son épouse dans la vie, et un zeste de romantisme. Pas mémorable mais agréable à regarder.

 

Lissy, Konrad Wolf, 1957

Dans l'Allemagne de 1932, Lissy et son mari se retrouvent comme beaucoup sans emploi. L'époux se tourne vers les nazis. Parmi les nombreux films est-allemands consacrés à l'Allemagne des années 30, Lissy se tient dans une honnête moyenne, intéressant sur le plan humain mais très schématique dans sa vision politique, notamment de la classe ouvrière, présentée ici comme entièrement anti-nazie. Mais la narration est fluide et le mélodrame pas trop appuyé, Konrad Wolf réudsissant à faire revivre l'activité de Berlin en cette époque d'ascension de la peste brune. La propagande pour le communisme, seul rempart au capitalisme et au fascisme, n'est pas subtile mais reste dans le domaine de l'acceptable, à remettre en perspective, évidemment, dans la RDA de 1957.

 

Le train super-express noir (Kuro no chôtokyu), Yasuzo Masumura, 1964

Un agent immobilier est mandaté pour convaincre de petits propriétaires de vendre leurs terrains. L'affaire dissimule une vaste escroquerie. Un Masumura au meilleur de sa forme qui dénonce les dérives du capitalisme, l'appétit humain pour l'argent et la corruption qui sévit au sein des plus grandes entreprises et des partis poiltiques japonais. Le récit est clair, le montage rapide et la mise en scène d'une efficacité redoutable. Un vrai film noir qui ressemble par certains côtés à ceux de Kurosawa mais la touche Masumura se fait on ne peut plus prégnante dans trente dernières minutes violentes et à fleur de peau et de sentiments.

 

L'arc-en-ciel (Radouga), Marc Donskoï, 1944

Occupé par les allemands, un village ukrainien vit un enfer, en attendant la libération par les partisans. Tourné pendant l'hiver 43, L'arc-en-ciel est un film de guerre et de résistance saisissant malgré les défauts liés à toute oeuvre de propagande. Le film ne recule devant aucune atrocité (l'assassinat d'enfants) pour montrer le fascisme en action et, en parallèle, le courage d'un peuple jamais asservi. Marc Donskoï, qui s'est illustré par sa remarquable trilogie autour de la jeunesse de Gorki, n'a adhéré au parti communiste qu'en 1945. Parmi ses films d'après-guerre, le plus éminent est sans aucun doute Le cheval qui pleure.

 


09/12/2019
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Guirlande de vieux films (Novembre/2)

On n'aime qu'une fois, Jean Stelli, 1949

Un homme choisit d'être chirurgien plutôt que médecin de campagne. Au grand dam de son amie d'enfance qui l'aime sans lui dire. Ah, voici un mélodrame qui se finit bien, tel qu'on les faisait dans les années 40/50, tiré d'un roman obscur intitulé La caille. Le scénario est signé Exbrayat avec notamment l'aide d'Audiard, tout à fait imperceptible. Le style en est lourd avec une jeune femme qui se sacrifie et cherche finalement à se suicider lors d'une chasse au sanglier. Malgré le côté pensum édifiant de la chose, le film n'est pas déplaisant, marqué par les interprétations de Pierre Larquey, Renée Faure et Françoise Rosay. Sans oublier le méchant de service, incarné par un grand Marcel Herrand, l'oeil torve et la morve à la bouche (par ailleurs, il aime à tuer ces pauvres cailles, d'où le titre d'origine).

 

Dactylo, Wilhelm Thiele, 1931

Une dactylo, tout juste arrivée à la ville, passe une soirée avec un charmant garçon. Elle croit qu'il n'est qu'un simple employé de banque alors qu'il est son directeur. Tourné en Allemagne, en 4 langues différentes, le film est adapté par Jean Boyer. Cette comédie romantique, sortie à peu près au même moment que Le million de René Clair, est cousue de fil blanc et son scénario n'est pas très lourd. Mais c'est un film gai et musical, plutôt féministe, à la bonne humeur communicative. On y apprécie la pétulance de Marie Glory, vedette de l'époque, qui s'illustra pendant la deuxième guerre mondiale comme aviatrice dans les Forces françaises libres. Quand elle mourut à 103 ans, elle était alors la doyenne des actrices françaises.

 

La métamorphose des cloportes, Pierre Granier-Deferre, 1965

Léon "le malin" sort de prison avec une seule idée en tête : se venger de ses complices qui ont échappé à la réclusion et l'ont abandonné. Boudard/Simonin/Audiard, à l'écriture, Granier-Deferre à la mise en scène et Ventura, Biraud, Aznavour, Brasseur, Rosay et quelques autres sur l'écran. A priori, une bonne soirée en perspective avec un film viril, divertissant et au langage fleuri. A priori seulement car malgré sa réputation, surfaite, et le souvenir que l'on peut en avoir quand on l'a vu dans sa jeunesse, cette Métamorphose des cloportes est franchement pâlotte, engoncée dans des certitudes d'un autre âge, lestée d'une voix off lourdaude et cheminant sur des chemins balisés de série noire sans beaucoup d'originalité. Et les phrases du genre "Tonton, dès que je suis dehors, je lui réduis la tronche, je le miniaturise , je le dissous..." rappellent d'autres dialogues nettement mieux troussés. Quant à la place de la femme, n'en parlons pas, c'est une époque où les tabasser n'était rien d'autre qu'une façon (au cinéma) de montrer sa condition de dur. Navrant, même si c'est un membre de la gent féminine qui a le dernier mot, épilogue prévisible longtemps à l'avance. Un petit noir pas très affriolant et salissant en définitive sauf pour quelques nostalgiques qui y reconnaîtront peut-être leurs propres valeurs.

 

L'étrange désir de monsieur Bard, Géza von Radvanyi, 1953

Cardiaque et avec peu de temps à vivre, un chauffeur de bus décide de prendre une retraite anticipée et d'avoir un enfant. Singulier film, le seul qu'il ait tourné en France, d'un réalisateur d'origine hongroise qui a surtout travaillé en Allemagne. Un long-métrage qui serait sans doute très largement oublié, s'il n'y avait pas Michel Simon dedans (magnifique), et qui déroule une étrange intrigue peu réaliste, mais poétique, où un homme qui a souffert toute sa vie de sa disgrâce physique cherche la beauté dans ses derniers instants. Beaucoup de douceur dans ce regard sur le cycle de la vie et une pureté toute simple de celle que ceux qui ont tout vu décriront comme niaise. Laissons ces exégètes à leur cynisme et choisissons de nous laisser entraîner dans cette histoire désuète où Geneviève Page rayonne, où Paul Frankeur observe, où Yves Deniaud soutient et où Louis de Funès et Henri Crémieux s'agitent. L'humanisme serein du film est hors du temps et des modes, apaisant et rafraîchissant.

 

La mort de Belle, Edouard Molinaro, 1961

Une jeune américaine trouve la mort par strangulation dans la chambre qu'elle occupe chez un couple sans histoire, près de Genève. Le roman de Simenon a été transposé d'Amérique en Suisse, avec des dialogues signés Jean Anouilh. Davantage que l'identité de l'assassin, c'est la dégringolade psychologique du principal suspect et sa condamnation a priori par la petite communauté qui ne l'a jamais accepté (il est étranger, rajout par rapport au kivre). Le film est correctement réalisé par Molinaro dont les premiers films ne ressemblent en rien à sa future carrière dans la comédie. Jean Desailly est aussi remarquable que dans La peau douce de Truffaut et ce n'est pas peu dire. Jacques Monod est également de la partie, saisissant en juge d'instruction onctueux et obstiné. Un regret quand même : Alexandra Stewart n'a qu'un rôle très secondaire. La fin est un peu précipitée et confuse mais n'altère pas la mélancolie profonde qui imprègne le film comme une eau stagnante.

 


24/11/2019
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Guirlande de vieux films (Novembre/1)

Le miroir à deux faces, André Cayatte, 1958

Grâce à une annonce, un petit professeur besogneux épouse une jeune fille intelligente et sensible mais au physique ingrat. Connu essentiellement pour ses films à thèse, qui ne sont pas tous inintéressants, Cayatte s'est souvent penché sur l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus complexe. Il connait bien le mélodrame, pour en avoir signé au début de sa carrière, notamment avec Pierre et Jean, sans doute son meilleur film. Tourné entre le très singulier Oeil pour oeil et l'excellent Le passage du Rhin, Le miroir à deux faces offre une belle réflexion sur le couple, sur l'apparence et sur la condition de la femme à la fin des années 50. Les deux personnages principaux, formidablement interprétés par Bourvil et Michèle Morgan, qui joue presque un double rôle, ont une psychologie finement dessinée et une appartenance sociale à la fois très ancrée dans son époque et finalement intemporelle. Le miroir à deux faces pourrait être une sorte de conte très triste et humain qui s'intitulerait Le nez au milieu de la figure. A part pour son épilogue, trop sentimental, le film est d'une grande justesse.

 

Chemins sans lois, Guillaume Radot, 1947

Une gitane enceinte est recueillie à la frontière espagnole par une vieille femme qui se révèle être à la tête d'une bande de contrebandiers. La vénérable Marguerite Moreno vole la vedette à Ginette Leclerc dans un film qui commence bien avant de se perdre dans une histoire de vengeance sentimentale sans grand intérêt. On se console (un peu) avec les belles vues des Pyrénées mais le film est vraiment très laborieux même s'il y a deux ou trois scènes à sauver, à la lisière du fantastique, un genre que le réalisateur a déjà pratiqué, notamment avec Le loup des Malveneur.

 

L'ours et la poupée, Michel Deville, 1969

La 2 CV d'un violoncelliste rustique et mal léché entre en collision avec la Rolls d'une jeune femme écervelée et capricieuse. Tentative assez gauche de démarquage de Screwball Comedy, genre dans lequel le duo Deville/Companeez est d'habitude plutôt à l'aise. Mais le scénario est étique, se réduisant dans la deuxième partie du film à une poursuite amoureuse et absurde entre Cassel et Bardot, qui ne ménagent pas leur peine, l'un et l'autre, à la lisière du surjeu. Le bât blesse également du côté des dialogues qui cherchent la fantaisie sans la trouver. Un film de Deville n'est jamais totalement désagréable et il a réussi quelques bonnes choses dans la décennie 60 mais là, à moins d'aimer follement la musique de Rossini, l'alchimie n'est pas au rendez-vous.

 

Crime et châtiment, Georges Lampin,1956

Un étudiant tourmenté assassine une vieille usurière. Pour l'argent ou par haine sociale ? Moins fidèle à Dostoïevski que la version de Pierre Chenal (1935), celle de Georges Lampin est supérieure par son atmosphère de film noir, assez typique des meilleures réalisations du cinéma français des années 50. Il n'y a plus rien de russe dans ce Crime et châtiment mais un scénario convaincant de Charles Spaak qui laisse beaucoup de place à des personnages autres que Raskolnikov, non, pardon, René. Dans un casting incroyable qui mélange anciennes gloires et nouvelles vedettes, ce n'est d'ailleurs pas Hossein qui retient l'attention mais plutôt Gabin et surtout Bernard Blier, impressionnant dans un rôle de vieux dégoûtant. Autres acteurs remarquables dans des participations plus ou moins longues : Carette, Morlay, Fontan, Lesaffre, Vlady, Nat, Ventura, Blain et même Ulla Jacobson, en provenance de chez Bergman. A retenir également la photographie tout en contrastes de Claude Renoir. Auteur quelques années plus tôt de L'idiot (encore Dosto !) avec Gérard Philipe, Georges Lampin est un cinéaste qui mérite mieux que l'oubli dans lequel il est tombé.

 

Mission spéciale, Maurice de Canonge, 1946

Première époque (mai 1940) : le commissaire Chabrier est sur la trace d'espions qui agissent pour préparer l'invasion allemande.

Deuxième époque (1942-1944) : entrés dans la Résistance, Chabrier et ses hommes sont traqués.

Remarquable film en deux parties, de plus de 3 heures, qui fut l'un des grands succès commerciaux de 1946 avant de tomber dans l'oubli. Rondement mené, grâce à un montage très serré, le film est visiblement bien documenté et mène de front plusieurs intrigues. La rigueur de de Canonge, qui signera plus tard l'excellent Police judiciaire, s'allie à in solide sens du romanesque. Quelques images d'actualités complètent un film qui a pour seul défaut de laisser penser que toute la France ou presque était résistante en 1942. Comme souvent, ce sont les rôles des "méchants" qui sont valorisants, à l'exemple de Pierre Renoir et surtout de Jany Holt laquelle, dans la réalité, appartint à un réseau de la Résistance.

 


04/11/2019
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Guirlande de vieux films (Octobre/1)

Simplet, Fernandel, 1942

Deux villages voisins ont des sorts contraires. Le premier nage dans le bonheur, comme protégé par la présence d'un simple d'autre et l'autre ne connait qu'avanies. Premier film réalisé par Fernandel, pour le compte de la firme Continental, mais qui doit beaucoup à Carlo Rim pour le scénario, les dialogues et sans doute la mise en scène. Quoi qu'il en soit, le film n'est pas mauvais du tout dans cette Provence caricaturée avec une grande tendresse. Cette histoire d'innocent aux mains pleines pourrait être qualifiée de Pagnol du pauvre mais recèle en elle de nombreux moments de poésie fruste et d'humour bon enfant. Fernandel compose un idiot pas si bête et amoureux avec une sobriété qui n'a pas toujours été de mise durant sa carrière. Et il est bien entouré d'acteurs solides et pittoresques : Edouard Delmont, Henri Poupon, Andrex, etc.

 

Les ailes blanches, Robert Péguy, 1943

Une religieuse, qui est entrée dans les ordres 40 ans plus tôt, essaie de venir en aide aux filles d'un musicien. Après le grand succès du Voile bleu, déjà avec Gaby Morlay, Les ailes blanches reprend les mêmes ingrédients mélodramatiques mais se révèle bien moins heureux tant sur le plan artistique que commercial. Le film est assez mal fichu avec un long flashback censé évoquer la jeunesse du personnage principal, la future nonne, alors âgée de 20 ans. Gaby Morlay qui en a bien plus que le double n'est pas crédible une seule seconde. Les valeurs morales vichystes sont à l'honneur dans ce laborieux pensum d'où n'émergent que l'excentique Saturnin Fabre et la sémillante Jacqueline Bouvier, la future madame Pagnol.

 

Fromont jeune et Risler aîné, Léon Mathot, 1941

À la mort du vieux Fromont, son fils s'associe à Risler et devient l'amant de sa femme. Mais celle-ci provoque la ruine de l'entreprise. Adapté du roman d'Alphonse Daudet, le film n'a pas laissé de traces, pas plus qu'elle n'a mis en avant son metteur en scène, Léon Mathot. Et pourtant, il n'a rien de déshonorant ce mélodrame bourgeois qui ne suit pas à la lettre le moralisme de Vichy. Grâce à un montage intelligent, le film réussit à donner sa chance à une multitude de personnages avec leurs nuances et à équilibrer les sphères intime et sociale. De l'adultère au centre de l'intrigue, toute l'usine en parle et Mathot surprend par sa capacité à faire comprendre les raisons de chacun sans condamner personne. Mireille Balin est étincelante et le pittoresque des prestations de Carette et de Larquey allège la lourdeur épisodique du récit.

 

Coup de tête, René Le Hénaff, 1944

Un jeune homme sportif crée, avec quelques camarades, une société dont le but est de protéger les honnêtes gens contre les coquins. Ce Coup de tête est vraisemblablement l'un des pires films tournés sous l'Occupation. Le degré zéro de l'écriture cinématographique avec un scénario ni fait ni à faire. Deux bagarres interminables, et très mal filmées, tiennent lieu de moments forts, si l'on peut dire, dans ce film sans idées qui croit s'en tirer avec quelques vagues gags, jamais drôles, et une amourette qui débarque du diable vauvert, 10 minutes avant la fin. On a connu Alerme bien plus alerte et le grand Jean Tissier autrement plus inspiré mais il est vrai qu'on lui fait faire n'importe quoi, même de la boxe. Navet est un terme bien trop sympathique pour cet inexplicable brouet.

 

Ademaï bandit d'honneur, Gilles Grangier, 1943

Ademaï débarque chez ses cousins corses, bien décidé à passer un mois tranquille. C'était compter sans la vendetta qui règne dans le village. Ecrit et joué par une majorité d'anciens prisonniers, fraîchement libérés, ce nouvel avatar des aventures d'Ademaï (le troisième) marque la première réalisation de Gilles Grangier. Le film qui raconte une vendetta molle et pour rire n'est pas très drôle mais pas totalement idiot non plus. Malheureusement, Noël Noël est comme toujours imbuvable ! Cela dit, le message contre quelque guerre que ce soit prend une certaine signification en la période où le film a été présenté aux spectateurs français (1943).

 


29/10/2019
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Guirlande de vieux films (Septembre/4)

O leao da estrela, Arthur Duarte, 1947

Un employé municipal lisboète embarque toute sa famille pour assister à un match de football à Porto. Il se fait passer pour un riche homme d'affaires auprès de ses hôtes. Le film est un grand classique de la comédie portugaise, dont les jeux de mots et les quiproquos ne sont pas tous lisibles pour un spectateur étranger. Mais le rythme est très plaisant dans un récit à la Feydeau qui mêle chronique sociale, comédie romantique et burlesque des situations. Un très bon divertissement, on s'en doute, pour des portugais alors soumis à la dictature de Salazar.

 

Fraternité (Proud Flesh), King Vidor, 1925

Une orpheline américaine passe sa jeunesse à Barcelone avant de revenir à San Francisco. Elle est flanquée de son chevalier servant espagnol et courtisée par un plombier. Film très léger du grand King Vidor, loin de ses plus grandes réussites du temps du muet. Le ménage à trois est cependant amusant et il y heureusement beaucoup d'humour caustique pour se moquer des conventions sociales et des suffisances de classe. Eleanor Boardman, alors épouse de Vidor, est éclatante de beauté. Mais pas plus que son mariage, vite achevée, sa carrière ne survivra pas au passage au parlant.

 

Princesse des fabourgs (Afsporet), Bodil Ipsen et Lau Lauritzen, 1942

La fille d'un célèbre médecin est portée disparue. Amnésique, elle a été recueillie par une bande de malfrats. Considéré comme le premier film noir danois, Afsporet est aussi la première (co) réalisation de l'actrice Bodil Ipsen qui signera 10 longs-métrages en 10 ans, avant d'abandonner la mise en scène. Le film est remarquable pour son atmosphère crasseuse, dans les bas-fonds de Copenhague, ville montrée comme humide et brumeuse. Le scénario n'est pas époustouflant mais le montage est astucieux et la mise en scène plus que correcte. Influence certaine du réalisme poétique français amenant à un dénouement très pessimiste.

 

Long voyage vers la nuit (Long Journey into Night), Sydney Lumet, 1962

Dans sa grande propriété en bord de mer, la famille Tyrone se désagrège alors que l'un des fils s'est vu diagnostiqué la tuberculose. Lumet est un habitué des adaptations de pièces de théâtre (Tchekhov, Williams, Miller) qui hélas font partie de ses moins bons films. Signé Eugene O'Neill, Long Journey's into Night est le récit d'une journée harassante pour les 4 membres d'une famille qui s'empoignent et s'invectivent avant de se consoler mutuellement. Constitué uniquement de monologues ou de dialogues venimeux, le film ne bénéficie pas d'une mise en scène aérée, bien au contraire. C'est presque un supplice que de voir les protagonistes se déchirer continuellement et aussi longuement malgré le talent des acteurs, Katharine Hepburn, Jason Robards, Ralph Richardson et Dean Stockwell, qui sont obligés d'en faire beaucoup (trop) pour dramatiser ce huis-clos étouffant.

 

Soleil Ô, Med Hondo, 1967

Un immigré africain débarque en France à la recherche d'un travail. Et tombe dans un pays embourgeoisé où les noirs sont vus comme des attractions exotiques ou comme une menace envahissante. Douce France des années 60 dont Med Hondo pointe du doigt le racisme conscient ou non et une politique colonialiste qui se perpétue après les indépendances africaines. Constat radical et violent qui emprunte une voie semi-documentaire en assemblant et collant des scènes parfois réalistes, souvent paraboliques, dans une manière qui rappelle le Godard de la même époque. C'est efficace, pas nuancé mais impressionnant par la dose de colère contenue. A Soleil Ô, on peut cependant préférer La noire de ... de Sembene, tourné un an auparavant.

 


30/09/2019
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Guirlande de vieux films (Septembre/3)

Saladin (El Naser Salah el Dine), Youssef Chahine, 1963

Après avoir reconquis Jérusalem, Saladin doit faire face à une nouvelle croisade. Grandiose film médiéval, Saladin en dit plus sur l'Egypte de Nasser, en quête de grandeur et d'unité. Le film prend beaucoup de latitude vis à vis de l'Histoire, taisant l'origine kurde de son héros, introduisant des personnages n'ayant pas existé et s'acharnant particulièrement sur Philippe Auguste, en ménageant Richard Coeur de Lion (posture largement lié à la géopolitique des années 60). Pour autant, et même s'il insiste beaucoup sur les dissensions au sein du camp des Francs, le film ne manque pas de souffle et d'émotion, franchement spectaculaire par moments, et prônant la tolérance. La mise en scène est virtuose bien que soumise à un montage parfois abrupt. A Saladin, on pourra tout de fois préférer les films moins politiques et plus humbles de Chahine, à commencer par Gare centrale, Un jour le Nil ou Le destin.

 

Gabrielle, Gasse Ekman, 1954

Pendant que Bertil Lindström travaille à l'ambassade de Suède à Paris, sa femme passe l'été seule dans une petite île. Hasse Ekman est plus connu pour avoir joué dans 3 films de Bergman que pour en avoir réalisé pas loin de 40 dont le merveilleux La fille aux jacinthes. Gabrielle, presque uniquement composé de flashbacks imaginaires, qui correspondent aux situations qu'imagine un mari obsessionnel, éloigné de son épouse, est un drame de la jalousie d'excellente facture. Un suspense psychologique, si l'on préfère, qui rappelle parfois Bergman (Leçons d'amour) et même Hitchcock. Ekman, qui venait de divorcer de Eva Henning, joue lui-même l'amant possible de cette dernière.

 

Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l'été (Travolti da un insolito destino nell'azzurro mare d'agosto), Lina Wertmüller, 1974

Une riche bourgeoise et un membre d'équipage de son yacht se retrouvent échoués sur une île déserte. Dynamiteuse du cinéma italien des années 70, au côté d'un Marco Ferreri, auquel son cinéma ressemble beaucoup, Lina Wertmüller reprend ici sa thématique préférée de la lutte des classes doublée d'une féroce guerre des sexes. Passée une première heure verbeuse et presque hystérique, le film donne sa pleine mesure quand le couple improbable joue les Robinsons Crusoé. Outre l'inversion du statut social, la cinéaste choque sciemment en humiliant son héroïne, sous les coups d'un homme fruste et rustre. Le film peut sembler antiféministe au possible, jusqu'à la caricature, moyen pour Wertmüller de renvoyer dos à dos machisme ignorant et arrogance des privilégiés. Un tableau allégorique d'une Italie divisée en deux. Malgré un tombereau de grossièretés pas vraiment nécessaires, le film possède une puissance narrative impressionnante et s'achève joliment dans la mélancolie. L'outrance et la provocation ne sont pas incompatibles avec une certaine intelligence, aussi teigneuse soit-elle.

 

Trois nuits d'amour (Café Elektric), Gustav Ucicky, 1927

La fille d'un riche commerçant s'éprend d'un voyou. Pour lui, elle vole un bijou dans le coffre de son père. Mélodrame du début de carrière du cinéaste autrichien Gustav Ucicky, qui deviendra plus tard le réalisateur préféré de Hitler, Café Elektric (au titre français nullissime de Trois nuits d'amour) est connu des amateurs de Marlene Dietrich qui n'était pas encore une vedette. Elle n'a d'ailleurs pas le premier rôle et se révèle moins convaincante que l'excellente Nina Vanna. Situé dans les bas-fonds de Vienne, dans une ville montrée comme décadente, ce mélodrame est plein de qualités narratives avec une mise en scène réaliste très éloigné du cinéma allemand de l'époque. Restauré, il reste tout de même amputé de sa dernière partie, hélas.

 

Les monstresses (Letti selvaggi), Luigi Zampa, 1979

8 femmes de caractère, qui se jouent des hommes ... Dernier film de Luigi Zampa, à sketches, dans la grande tradition italienne mais sans l'inspiration des Monstres, hélas. L'objectif semble être de montrer 4 des plus belles actrices de l'époque en petite tenue ! Tout n'est pas raté, notamment le récit où la magnifique Laura Antonelli rend chèvre un chef d'orchestre par son emploi du temps trop serré pour se permettre des galipettes. Ursula Andress n'a elle rien à défendre et Monica Vitti, guère mieux, au contraire de Sylvia Kristel dont les talents de comédienne sont malheureusement maigres. Malgré quelques "chutes" amusantes, le bilan n'est pas très reluisant. On se divertira tout de même avec l'une des premières apparitions d'un jeune acteur nommé Roberto Benigni.

 


23/09/2019
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