Cinéphile m'était conté ...

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Oldies


Guirlande de vieux films (Septembre/2)

Chirurgiens (Disputed Passage), Frank Borzage, 1939

Un étudiant en médecine est déchiré entre sa vocation et une jeune femme élevée en Chine. Sans doute le plus obscur des films parlants de Borzage, qui n'est pas une franche réussite dans un genre, le mélodrame, où le cinéaste excellait pourtant. A cause de dialogues assez mièvres et d'un scénario qui n'est pas loin d'être niais. La mise en scène de Borzage est pourtant irréprochable et efface en partie la mauvaise impression générale. On retrouve dans le film son idée si souvent illustrée que l'amour peut-être plus fort que l'amour et accomplir des miracles. Dorothy Lamour, dans un rôle empreint de douceur, surprend. Mais moins que Akim Tamiroff, saisissant en chirurgien misanthrope et cynique.

 

Jusqu'à notre prochaine rencontre (Mata au mi made), Tadashi Imai, 1950

Durant la guerre, un étudiant rencontre une jeune femme dans un abri anti-aérien. Ils vont s'aimer jusqu'à son départ au front. Cinéaste de gauche, Tadashi Imai a choisi la voie du mélodrame pour évoquer l'absurdité de la guerre et le militarisme forcené de son pays, au début de 1945. Un mélo plutôt bien tenu vers un dénouement lacrymal prévisible et un peu forcé, en revanche. Le film est bien construit, avec une scène inaugurale que l'on retrouve à l'identique quelques minutes avant la fin. Mise en scène correcte mais incapable de sublimer l'histoire à l'inverse d'un Naruse ou d'un Sirk. Des interprétations, homogènes, on retient surtout celles de Eiji Okada et de Yoshiko Kuga.

 

Professeur Mamlock (Professor Mamlock), Konrad Wolf, 1961

En 1933, un chirurgien réputé chasse son fils communiste de sa maison. Les deux hommes s'opposent pourtant au régime nazi. La pièce, écrite dès 1933 par un exilé allemand en France, a été la première à dénoncer les persécutions juives en Allemagne. Une première adaptation cinématographique a été réalisée en URSS en 1939 mais celle de Konrad Wolf lui est largement supérieure. Le cinéaste est-allemand, l'un des plus doués, réalise une oeuvre très forte, marquée par une narration disruptive, une mise en scène fluide et une interprétation remarquable. Tout juste peut-on lui reprocher une dialectique un peu lourde, assez fréquente dans un cinéma est-allemand souvent passionnant, moins propagandiste qu'on ne pense, et qui mérite d'être exploré.

 

La fille à l'écho (Paskutine otostogu diena), Arunas Zebriunas, 1964

Pour son dernier jour de vacances en bord de mer, une fillette rencontre un garçon auquel elle révèle son secret. Du lituanien Arunas Zebriunas, les spectateurs français ont pu en voir en salles l'an dernier La belle, une joli film rempli de poésie. La fille à l'écho, qui lui est antérieur, ne possède pas la même magie malgré de nombreuses similitudes dont son personnage principal, une fillette encore, qui joue du cor face à la mer et profite de son dernier jour en harmonie avec la nature. Elle est à l'opposé de ces garçons qui écoutent de la musique bruyante et s'amusent avec des jeux idiots. Un scénario très mince pour un film qui dépasse à peine une heure au charme évanescent.

 

L'œil de la serrure (El ojo de la cerradura), Leopoldo Torre Nilsson, 1966

Un militant d'extrême droite espionne ses voisins à l'hôtel et les soupçonne de de préparer un attentat. Figure majeure du cinéma de son pays, dans les années 50 et 60, au point d'avoir été surnommé le "Bergman argentin", Leopoldo Torre Nilsson mêle ici politique, interrogations existentielles et onirisme dans un film souvent déroutant mais loin d'être inintéressant. Il aborde notamment le cas des nombreux réfugiés espagnols dont une partie de la population se méfie. Avec sa manière elliptique, ses plans parfois sophistiqués et sa touche d'érotisme, le film se place parfaitement dans l'oeuvre de Torre Nilsson, un peu daté cependant et moins fascinant que La maison de l'ange, par exemple.

 


16/09/2019
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Guirlande de vieux films (Septembre/1)

Une manche et la belle, Henri Verneuil, 1957

Une riche veuve jette son dévolu sur un modeste employé et l'épouse. Mais celui-ci s'intéresse davantage à sa jolie secrétaire. Tiré d'un roman de James Hadley Chase, le film de Verneuil est totalement cousu de fil noir, y compris dans sa grotesque et "morale" conclusion. Hormis la scène du meurtre, réalisé avec un certain savoir-faire, Une manche et la belle ne brille pas par sa mise en scène ni par son scénario, qui rappelle assez fort Le facteur sonne toujours 2 fois et surtout le magnifique Assurance sur la mort de Wilder. Henri Vidal, comme toujours, est massif et sans nuances (il décèdera un peu plus de 2 ans après la sortie du film) et la pauvre Isa Miranda, doublée, fait peine à voir. Mylène Demongeot, en fausse ingénue perverse, est en revanche quasi impeccable. Un film du samedi soir, regardable, mais sans personnalité.

 

Quelque part quelqu'un, Yannick Bellon, 1972

Paris en 1972, ville anonyme où les destins se croisent, sans toujours se reconnaître. Premier long-métrage de Yannick Bellon (morte en 2019) qui se battit toute sa vie pour produire des films engagés. Quelque part quelqu'un est le moins accessible de tous, sorte de requiem dans un Paris en pleine mutation où la caméra s'arrête un instant sur des visages avant de montrer l'intensité de la circulation où le grouillement de la multitude dans le métro. Quelques récits émergent dans ce film choral qui ressort de l'essai en sociologie, voire en ethnologie (Levi Strauss fait une apparition). Ils parlent de solitude dans la foule, même en couple, de désespoir et de détresse. L'un des films les plus dépressifs du monde, à ne pas regarder un jour d'humour funeste.

 

Police mondaine, Michel Bernheim et Christian Chamborant, 1937

Une indicatrice de la police mondaine est parvenue à s'introduire dans la bande d'un trafiquant de drogue mais dénoncée, elle est assassinée. Premier film de Christian Chamborant (coréalisé), ce polar typique des années 30 se révèle assez inoffensif, dans son scénario filandreux et sa mise en scène asthmatique dans les scènes d'action. Pas de quoi se relever la nuit, donc, mais le casting interpelle : Vanel en chef de gang impitoyable, Barrault en roquet teigneux et Larquey en flic sentimental. Ajoutez-y Junie Astor et Jean Servais dans des rôles secondaires. Moins qu'une série B mais amusant pour son atmosphère ténébreuse.

 

Œil pour œil, André Cayatte, 1957

Au Liban, le docteur Walter est réveillé pour examiner une femme. Sans l’ausculter, il l'envoie à l’hôpital et apprend le lendemain qu’elle est morte. C'est entendu, Cayatte ne méritait pas le mépris hautain des critiques de la Nouvelle Vague qui en fait encore aujourd'hui un cinéaste réduit à l'état d'un procureur. Tourné du côté d'Almeria, en Espagne, sur un terrain de jeu qu'exploiteront beaucoup les westerns spaghetti, Oeil pour oeil est assez long à démarrer et les péripéties qui amènent à ce que les deux personnages principaux se retrouvent seuls dans le désert exigent une certaine crédulité. Mais bon, admettons. Les scènes à deux dans le désert ne manquent pas d'intérêt dans la confrontation diabolique entre ces hommes aux antipodes l'un de l'autre. Il y a effectivement là quelque chose qui ressemble à la méchanceté humaine chère à Clouzot. Dans ce désert de la soif, la vengeance est un plat qui se mange bouillant. Le film doit beaucoup au talent de Curd Jürgens et surtout de l'extraordinaire Folco Lulli.

 

Une mort sans importance, Yvan Noé, 1948

Après avoir raté son suicide, un homme entend la mort lui parler et lui indiquer de se rendre dans une maison où un décès est programmé. Yvan Noé avait déjà abordé le fantastique avec La cavalcade des heures et le whodunit avec Le château des quatre obèses. Il mélange ici les deux genres dans une ambiance totalement loufoque qui ressemble à un grand n'importe quoi avec des personnages plus azimutés les uns que les autres. L'interprétation est en dessous de tout y compris pour des pointures comme Jean Tissier, Jeanne Fusier-Gir ou Marcelle Géniat. La conclusion, assez atroce, est une surprise intégrale mais vient bien tard pour redonner du cachet à un film aussi épouvantable.

 


07/09/2019
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Guirlande de vieux films (Août/4)

Les anciens de Saint-Loup, Heorges Lampin, 1950

11 ans plus tard, d'anciens collégiens se retrouvent, appelés par le directeur de leur école qui menace ruine. Un grand coup de nostalgie dès le début du film auprès de personnages qui n'ont pas oublié leur adolescence. Les portraits ne sont qu'esquissés à grands traits, hélas, et s'y ajoute un meurtre qui vient comme un cheveu sur la soupe et qui d'ailleurs ne suscite guère l'affliction des anciens de Saint-Loup, quels qu'aient pu être leurs sentiments à l'égard de la défunte. Le film fait montre de sentimentalité, en revanche, dans un dénouement larmoyant. Sans vraie direction ni objet, si ce n'est la fidélité à l'enfance envolée, Les anciens de Saint-Loup marque les limites de Georges Lampin, qui avait pourtant débuté brillamment avec une belle version de L'idiot; quelques années plus tôt. Blier, Périer, Reggiani, Larquey et la douce Odile Versois, chacun joue sa partition sans fausses notes, mais aussi sans éclat.

 

Le pays sans étoiles, Georges Lacombe, 1946

A un siècle de distance, les protagonistes réincarnés d'un drame revivent les mêmes passions qui les conduisent à un dénouement similaire. Premier rôle en vedette de Gérard Philipe qui a déjà triomphé au théâtre (mais pas au cinéma ce qui explique que son nom soit très bas sur l'affiche). La vérité est qu'il est encore un peu vert et que sa prestation dans Le pays sans étoiles ne vaut pas tripette. Pierre Brasseur n'est d'ailleurs gère meilleur dans un rôle extraverti où il en fait beaucoup. Héritant du personnage le plus intéressant, Jany Holt est elle remarquable et constitue la plus grande satisfaction du film. On ne sait ce que vaut le roman fantastique original de Pierre Véry mais son adaptation est très décevante, venant d'un réalisateur de bonne valeur comme Georges Lacombe. L'atmosphère prétendument magique n'y est pas du tout et la musique est bizarrement envahissante, surtout quand les climat est au romantisme. L'effet est désastreux.

 

Ademaï au Moyen-âge, Jean de Marguenat, 1934

Alors que Jeanne d'Arc vient de libérer Orléans, le pauvre Ademaï se trouve mêlé aux combats entre anglais et français. Le personnage d'Ademaï est apparu pour la première fois dans un court-métrage de 1932, sous les traits de Noël-Noël. Cette pochade médiévale n'a que peu d'intérêt avec son acteur principal qui joue un benêt malheureux en amour avec une absence de talent mémorable. Michel Simon dans un rôle d'anglais et Tino Rossi dans celui d'un ménestrel ne relèvent pas le niveau. Riait-on vraiment en 1934 des mésaventures de cet idiot qui finira par rejoindre l'armée de la pucelle ? Il faut le croire puisque Ademaï réapparaîtra encore deux fois au cinéma, sous l'Occupation et après-guerre.

 

Ophélia, Claude Chabrol, 1963

Garçon excessif et entier, Yvan a très mal vécu le remariage de sa mère avec le frère de son père décédé quelques mois plus tôt. L'une des rares transpositions de Shakespeare dans le cinéma français. Qui montre qu'on fait pas d'Hamlet sans casser des oeufs, pour un résultat qui laisse pour le moins circonspect. Le thème du film n'est pas si loin des préoccupations habituelles du cinéaste qui tire à boulets rouges sur la bourgeoisie de province mais l'emphase théâtrale de l'ensemble est peu convaincante. Il y a une certaine atmosphère, délétère, mais Ophélia met en place des sous-intrigues totalement inexploitées (la grève des ouvriers) et cherche la bizarrerie et l'afféterie à tout prix. Le comédien principal, André Jocelyn, est atroce et les seconds rôles guère plus brillants, la grande Alida Valli n'ayant que des miettes de dialogues à sa disposition. Sans doute l'un des moins Chabrol, à découvrir malgré tout par curiosité.

 

Un soir sur la plage, Michel Boisrond, 1961

Un écrivain en villégiature rencontre un soir une belle jeune femme sur la plage. Le lendemain, elle est retrouvée assassinée. De Michel Boisrond, on ne saurait attendre beaucoup et ce polar est assez inoffensif avec sa tentative fort laborieuse d'installer une certaine atmosphère en huis clos dans une villa de la Côte d'Azur. Chabrol aurait sans doute fait quelque chose de ce sujet que Boisrond traite sans beaucoup de personnalité. Jean Desailly et Martine Carol assurent le minimum syndical, sans éclat, Geneviève Grad et Daliah Lavi sont agréables à regarder mais c'est du côté de Rellys et surtout de Michel Galabru qu'il faut chercher pour trouver de bonnes raisons de regarder tranquillement ce film réalisé avec une grande platitude.

 

 


27/08/2019
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Guirlande de vieux films (Août/3)

Vénus aveugle, Abel Gance, 1941

Une femme sacrifie son amour alors qu'elle sait que la cécité la guette. Dédié au maréchal Pétain, en 1941, Vénus aveugle est un pur mélodrame bien dans la manière de Gance, c'est à dire avec emphase et lyrisme, entre sublime et grotesque avec ses plans perchés et son montage parfois épileptique. Il n'empêche que pour être kitsch, la chose ne manque pas de grandeur et ne ressemble que de loin, au moins par la forme, à ce qui se tournait à l'époque de l'Occupation, l'autre grand mélodrame de la période, Le voile bleu, paraissant bien sage à coté. Viviane Romance n'a pas que les yeux pour pleure, elle prouve ici qu'elle méritait mieux qu'être cantonnée à des rôles de vamps ou de garces. Il y a beaucoup de solidarité et d'amour autour de son personnage dans la dernière partie d'un film qui, à sa façon, redonnait un brin d'espoir aux français de 1941.

 

Le bal des pompiers, André Berthomieu, 1949

De mai 44 à l'immédiat après-guerre, l'histoire de plusieurs membres de la famille Grégeois. Contrairement à ce que la plupart des résumés de l'intrigue indiquent, il ne s'agit donc pas d'une évocation de la France de 1940 à 1944. Jean Nohain, auteur de la pièce originelle et des dialogues, connait bien le sujet de la Libération et la façon dont la majorité des opportunistes, collaborationnistes puis résistants de la dernière heure, passèrent entre les gouttes. Loin d'être pétri de bons sentiments, le ton est à l'amertume voire au cynisme dans le film de Berthomieu (réalisateur qui mériterait d'être revalorisé) notamment vis-à-vis du patriotisme aveugle. D'où d'ailleurs ce titre : Le bal des pompiers, ce sont toujours les mêmes qui dansent. Le frère de Nohain, Claude Dauphin, tient avec brio trois rôles dont un qui rappelle ce cher Sacha Guitry.

 

La cuisine au beurre, Gilles Grangier, 1963

Prisonnier des allemands puis évadé, Fernand a vécu 14 ans au Tyrol avant de revenir 14 ans à Martigues pour découvrir qu'on le croyait mort et que sa femme a épousé un normand. Vague souvenir de télévision à l'adolescence, la redécouverte de la rencontre entre Bourvil et Fernandel, Normandie contre Provence, est un soupçon décevante. Les deux comédiens ne sortent que peu de leur zone de confort et à ce jeu-là c'est bien entendu l'exubérance méridionale qui prend le dessus. Grangier filme avec nonchalance une histoire non point culinaire mais sentimentale avec un brin de misogynie par-dessus le marché. Ce n'est pas désagréable à regarder et même drôle parfois mais on est loin de la comédie caustique à l'italienne qu'un tel sujet pouvait engendrer.

 

L'homme du Niger, Jacques de Baroncelli, 1940

Le commandant Bréval a l'ambition de construire un barrage et de fertiliser les terres proches du fleuve Niger. Atteint de la lèpre, il décide de disparaître. Sélectionné pour le festival de Cannes de 1939, qui n'aura pas lieu, le film sort durant la drôle de guerre. Il est forcément colonialiste mais avec une certaine modération, les populations autochtones du Soudan ne faisant que de la figuration. L'intrigue est principalement amoureuse mais elle découle de la psychologie du commandant et apparait au mieux à peine crédible. Toutefois, on ne peut retirer au film une certaine maîtrise narrative et un rythme enlevé ainsi que des interprétations honnêtes d'acteurs capables de beaucoup mieux : Victor Francen et Harry Baur. En ces temps incertains, où les français avaient besoin de se rassurer face à la montée des périls, gageons que L'homme du Niger participait au maintien de son moral en illustrant son oeuvre coloniale.

 

Un témoin dans la ville, Edouard Molinaro, 1959

Ancelin sait que sa femme a été tuée par son amant. Il supprime ce dernier et camoufle son crime en suicide. Mais il y a un témoin, un chauffeur de taxi. Le Molinaro des premiers temps, version film noir, mérite vraiment d'être redécouvert. L'efficacité d'Un témoin dans la ville, américaine si l'on veut, et proche d'un Dassin par exemple, est indéniable. C'est presque en temps réel que l'on suit les traces de cet assassin qui en a trucidé celui de sa femme et qui n'a d'autre solution que de se laisser entraîner dans un sinistre engrenage. Le tout, dans le Paris de la fin des années 50, qui nous parait bien pittoresque aujourd'hui, avec ses chauffeurs de taxi ligués contre le meurtrier et le poursuivant en 403. De la belle ouvrage, ciselée dans le marbre de l'inéluctabilité de la tragédie.

 

 


20/08/2019
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Guirlande de vieux films (Août/2)

Adrien, Fernandel, 1943

Un encaisseur de banque est aussi inventeur à ses heures perdues. Il essaie de vendre un modèle de patin à moteur à son patron. Deuxième film réalisé par Fernandel sous l'Occupation, toujours pour la Continental. L'origine boulevardière du scénario est patent et même le travail d'écriture d'Aurenche ne permet pas de l'oublier. L'histoire est absurde mais rythmée, toute entière dévolue à la faconde de Fernandel qui n'en rajoute pas. Se retrouvent à ses côtés le suave Jean Tissier, la piquante Paulette Dubost et l'incompréhensible Gabriello. C'est ma foi moins pire que ce à quoi on pouvait s'attendre d'autant que le film ne dure qu'un peu plus d'une heure et dix minutes. Comme sur des roulettes, ou presque, avec une invention qui n'est pas éloignée des engins électriques que l'on voit désormais évoluer dans les grandes villes, au grand dam des simples piétons.

 

L'ange de la nuit, André Berthomieu, 1944

L'association étudiante La vache enragée reçoit un soir une jeune fille tenaillée par la faim. Mais la guerre est proche. L'ange de la nuit fait partie des rares films tournés sous l'Occupation où les combats de 40 sont évoqués et participent même à l'avancée de l'intrigue. Ce mélodrame reste assez pudique dans l'ensemble hormis en son dénouement où arrive ce que l'on pressentait depuis longtemps. Jean-Louis Barrault est un peu moins crispant que d'habitude, au côté d'une Michèle Alfa alors au plus haut de sa carrière. Le film vaut aussi pour la composition sobre et pleine d'empathie de Larquey. Mouloudji, lui, n'est qu'une silhouette tandis que Simone Signoret ne prononce qu'un seul mot.

 

Monsieur des Lourdines, Pierre de Hérain, 1943

Alors que ses parents vivent sans faste dans leur domaine familial du Poitou, leur fils, Anthime, mène grand train a Paris. Souvent présenté comme typique du cinéma de l'Occupation, dans le droit fil des valeurs vichystes, Monsieur des Lourdines est surtout un excellent film, très romanesque, adaptation inspirée et superbement mise en images du livre éponyme d'Alphonse de Chateaubriant. Il y est bien question de la primauté de la terre face aux perversions de la vie parisienne mais le sujet est aussi proche de la parabole biblique du Fils prodigue. Outre la qualité de la photographie en extérieurs, signée de Philippe Agostini, c'est l'interprétation générale qui mérite tous les éloges à commencer par celle du "vieux" Constant Rémy et du jeune Raymond Rouleau (pourtant très agaçant dans nombre de films). Présents également pour des rôles plus ou moins étoffés : Mila Parély, Germaine Dermoz, Jacques Varennes, Jacques Castelot, Jean Debucourt, Louis Salou, Jeanne Fusier-Gil, Robert Dhéry et Julien Carette. Une distribution éclatante pour un premier film, sans doute facilitée par l'identité du réalisateur, Pierre de Hérain, beau-fils du maréchal Pétain.

 

Le mort ne reçoit plus, Jean Tarride, 1944

Un artiste-peintre sans le sou reçoit le majordome de son oncle d'Amérique qui vient de mourir. Au neveu le soin de réunir les héritiers dans le château familial. En juillet 44, les nouveaux films à l'affiche sont rares et Le mort ne reçoit plus est très attendu. Et unanimement voué aux gémonies par les critiques de même que sifflé par ses spectateurs. Réalisé en grande partie par Jean Tarride (l'auteur du Chien jaune dans les années 30, un très bon Simenon), il n'est pourtant pas signé et le réalisateur ne tournera plus jamais. L'intrigue, qui rappelle celle de Huit hommes dans un château, est passablement confuse avec une improbable histoire de sosies et de mort, qui ne l'est pas, avant d'être trucidé. On se console un peu de cet embrouillamini avec la présence d'Aimos, de Louvigny, de Jacqueline Gauthier mais pas avec Jules Berry, qui se caricature à l'envi.

 

Défense d'aimer, Richard Pottier, 1942

Un fils à papa contracte un mariage en blanc avec une manucure afin de fuir sa promise sud-américaine et contenter sa maîtresse. Sevré de comédies américaines, le cinéma français tente sous l'Occupation de divertir ses spectateurs par ses propres moyens. Produit par la Continental Films, Défense d'aimer est tiré d'une opérette mais ne laisse que peu de place aux chansons, se concentrant sur une intrigue très légère et burlesque qui n'est pas exempte de qualités. Le film est vif et assez élégant, malgré les pitreries du très agaçant Gabriello. L'intérêt vient du couple de contraires formé par la pétulante Suzy Delair et l'onctueux Paul Meurisse (deux futurs interprètes de Clouzot). On ne croit pas à une histoire sentimentale entre eux mais l'alchimie comique fonctionne. Quelques bons seconds rôles à signaler dont le suave Louis Salou.

 


14/08/2019
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Guirlande de vieux films (Août/1)

La duchesse de Langeais, Jacques de Baroncelli, 1942

Le général de Montriveau cherche à séduire la duchesse de Langeais qui reste d'abord insensible à ses charmes. Mais un malentendu brouille leur relation. La nouvelle de Balzac est adaptée par Jean Giraudoux qui lui est infidèle sur un point essentiel (le malentendu). Le matériau littéraire étant principalement psychologique, le scénariste a dû ajouter des péripéties qui sont de nature à dénaturer l'esprit de l'original. Cependant, les dialogues sont brillants et la reconstitution de l'époque de la Restauration somptueuse. Balzac n'a jamais été autant exploité que sous l'Occupation et La duchesse de Langeais est certainement la plus belle réussite, même imparfaite et gâchée par un dénouement mélodramatique (le texte de Balzac est de son côté beaucoup plus concis et efficace). Très belle interprétation d'Edwige Feuillère, légère puis vibrante.

 

Patrouille blanche, Christian Chamborant, 1942

Un agent des trusts de pétrole fomente un complot en vue de détruire un barrage en construction. Un asiatique est chargé de faire sauter l'ouvrage. L'asiatique en question, portant le nom de Halloway (sic) est interprété par l'excellent Sessue Hayakawa, qui hélas dut souvent jouer pour le cinéma français de ces rôles de fourbes venimeux. Il est entouré de bons acteurs (Junie Astor, Paul Azaïs, Robert Le Vigan) qui font ce qu'ils peuvent dans ce film policier bien laborieux, aux péripéties aussi peu crédibles que possible, avec un twist terminal qui a peut-être fait son effet à l'époque (le flic infiltré), et encore. Par ailleurs, ce qui est vraiment gênant pour le spectateur d'aujourd'hui est cette étoile cousue sur l'uniforme des membres de la Patrouille blanche et qui en rappelle une autre, bien funeste. A noter cependant qu'une grande partie du film, notamment les extérieurs alpestres, a été tournée dès 1939, avant l'interruption due à la guerre. Il est sorti en avril 1942.

 

Le valet maître, Paul Mesnier, 1941

Gustave Lorillon, valet de chambre, est un très bon joueur de bridge. Meilleur que son employeur auquel il ravit sa maîtresse. Henri Garat porte encore beau mais l'acteur est déjà sur la pente descendante. Il n'en est pas moins l'un des principaux attraits du film, davantage qu'Elvire Popesco dont les minauderies sont insupportables. Le valet maître est un des trois films tournés sous l'Occupation par l'obscur Paul Mesnier et ce n'est pas le pire, bien que son origine théâtrale le rende un peu lourd. C'est une lutte des classes bon enfant qui est évoqué dans le film avec quelques audaces relatives pour faire frissonner d'aise le public de 1941, ce qui ne l'empêcha pas d'être un échec commercial.

 

La cavalcade des heures, Yvan Noé, 1943

Le temps envoie Hora, une de ses heures, chez les humains pour les aider à prendre conscience de leur destin. Elle prend différentes formes pour transformer la vie des uns et des autres. Un film à sketch d'assez bonne facture même si le lien entre les différents segments est un peu fumeux. Des petites histoires inégales mais bien interprétées, par Charpin, et dont la tonalité est globalement triste sur le principe de Qu'avons-nous fait de tout ce temps ? Trenet et Fernandel y vont chacun d'une chanson, le Que reste-t-il de nos amours du premier étant parfaitement adapté au climat général. Dans la filmographie inégale, pour le moins, d'Yvan Noé, La cavalcade des heures mérite de figurer à une place honorable.

 

La boîte aux rêves, Yves Allégret & Jean Choux, 1945

Quatre garçons, qui partagent un appartement, vivent d'expédients et de bières fraîches. Jusqu'à ce que débarque Nicole, une belle amnésique. Yves Allégret a signé des comédies sous l'Occupation avant de passer au film noir, genre dans lequel il s'est illustré avec notamment Manèges et Une si jolie petite plage. La boîte aux rêves est totalement inoffensif et ne suscite ni les rires ni la sympathie, visiblement écrit à la va vite sur un argument sentimental qui ne vaut pas tripette. Le film est plutôt misogyne et se déroule presque exclusivement dans un grand appartement avec quelques scènes au Café de Flore. Interprétation un peu agitée de Pierre Louis, Franck Villard, Henri Guisol et René Lefèvre tandis que Viviane Romance joue pour une fois un rôle de "gentille" qui ne lui convient pas du tout. Il y a tout de même un intérêt : celui de voir les débuts ou peu s'en faut de Simone Signoret, Paul Frankeur et Gérard Philipe. Mais ils n'ont qu'une ou deux répliques à dire.

 


05/08/2019
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Guirlande de vieux films (Juillet/2)

Après l'orage, Pierre-Jean Ducis, 1943

Un ingénieur agronome, dont les projets ont été rejetés par son petit village, part pour Paris où il fréquente le milieu du cinéma. Le message clairement exprimé par le film est dans l'air du temps de l'Occupation : la ville pervertit les honnêtes gens et la Terre ne ment pas, elle. Hormis cette lourdeur dans les intentions, Après l'orage se révèle plutôt aimable, amusant à l'occasion, surtout dans ses scènes provençales qui rappellent, en nettement moins bien, un certain Pagnol. Il est d'ailleurs dommage qu'on voit aussi peu Charpin, qui domine une distribution d'assez bon aloi où Jules Berry et Suzy Prim sont égaux à eux-mêmes, sans surjouer, et où René Dary peine à s'élever à leur niveau. A noter qu'il ne faut pas se fier aux résumés des différents sites qui évoquent le film : il n'y est absolument pas question de guerre (pas plus que d'orage, d'ailleurs). Après avoir tourné 12 longs-métrages en 10 ans, le réalisateur, Pierre-Jean Ducis, abandonna le cinéma à seulement 35 ans.

 

La grande Marnière, Jean de Marguenat, 1943

Dans un petit village, vivent deux ennemis jurés, un riche usurier et un châtelain désargenté. Lorsque le fils de ce dernier est suspecté de meurtre, les événements s'emballent. Jean de Marguenat, surtout connu pour Ademaï au Moyen-Âge, n'a guère marqué le cinéma français. Il a tourné trois fois sous l'Occupation et La grande Marnière, tiré d'un roman à succès, constitue sans doute sa meilleure réalisation. Ce drame paysan, malgré quelques roucoulades sentimentales et un hommage appuyé à la Terrre qui montre le chemin aux hommes, esprit de l'époque oblige, ne manque pas de rythme ni même d'humour. L'interprétation de Fernand Ledoux, Micheline Francey et Robert Le Vigan, en particulier, est de qualité. Et n'oublions Pierre Larquey, Ginette Leclerc, Jean Chevrier, Raymond Cordy et Marguerite Deval, dans des rôles plus ou moins importants.

 

L'amant de Bornéo, Jean-Pierre Feydeau, 1942

Un libraire de Châteauroux tombe amoureux d'une artiste et se fait passer pour un explorateur pour la conquérir. Seul long-métrage tourné par Jean-Pierre Feydeau, secondé par ce cher René Le Henaff, cette adaptation d'une pièce de théâtre n'a d'autre but que de divertir les spectateurs français, en cette terrible année 1942. Et elle y réussit grâce un dialogue souvent drôle et des situations cocasses autour de cet imposteur castelroussin. Il est vrai qu'il est incarné par le merveilleux Jean Tissier qui aurait mérité bien plus de premiers rôles. Il est à l'affiche de pas moins de 9 films en cette année dont L'assassin habite au 21 et Les inconnus dans la maison. A son côté, Arletty, excelle toujours dans la comédie y compris quand sa gouaille reste plus discrète. Ajoutons Pierre Larquey, Pauline Carton et André Alerme, entre autres, pour faire bonne mesure et passer un excellent moment.

 

Port d'attache, Jean Choux, 1943

Un marin démobilisé se fait engager dans une ferme malgré l'hostilité des paysans du pays. Jean Choux a réalisé quelques bons films au temps du muet et même du début du parlant (Jean de la lune). Port d'attache est son antépénultième film, scénarisé par René Dary, qui joue le rôle principal, un bon gars qui hésite entre terre et mer. On peut y voir une certaine idée de l'idéologie vichyste mais tout de même tempérée car le monde paysan semble bien fruste et peu accueillant vis-à-vis des étrangers. Le film est bien écrit, convenu mais solide et excellemment interprété par le "vieux" Edouard Delmont et quelques jeunes doués : Dary, sorte de Gabin mineur, Michèle Alfa, l'une des vedettes de l'occupation, l'ambigu Raymond Bussières, le méchant Alfred Adam et un quasi débutant nommé Henri Vidal. Tout se termine par une belle bagarre dans la poussière, le soir de la Saint-Jean, après des passages qui rappellent, en moins bien, le climat de La belle équipe.

 

Boléro, Jean Boyer, 1942

Un architecte est exaspéré par l'audition du Boléro de Ravel, joué par le pick-up de sa voisine. Il répond en frappant sur le plancher mais il va être le jouer d'une machination. Stakhanoviste des temps de l'Occupation (4 films à son actif en 1942), Jean Boyer ne cherche même pas à dissimuler l'origine théâtrale de son scénario. Ce vaudeville sentimental est très répétitif et accumule les twists avec délectation. C'est un peu mécanique et artificiel mais l'on s'amuse un peu grâce à l'interprétation d'Arletty (assez sobre), d'André Luguet (le Clark Gable français), Denise Grey (piquante) ou encore Jacques Dumesnil. Sans oublier dans un rôle secondaire le toujours suave Louis Salou. Quant à Simone Signoret qui apparait fugitivement à deux reprises, il s'agit de ses premiers pas au cinéma.

 


30/07/2019
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Guirlande de vieux films (Juillet/1)

Martin soldat, Michel Deville, 1966

Alors que survient le débarquement, un acteur de théâtre doit jouer le rôle d'un officier allemand dans une pièce. Il est arrêté par les Américains. Tourné entre On a volé la Joconde et Tendres requins, Martin soldat est loin d'être la plus grande réussite du duo Deville/Companeez mais se laisse voir sans ennui grâce à son rythme trépidant, au gré des aventures de Martin qui ne cesse de changer d'uniforme. Cette vision de la période entre le débarquement et la libération de Paris est empreinte d'ironie, pour la confusion qui règne, mais aussi d'une certaine prudence pour ne pas choquer les mentalités. L'hommage à l'art de la comédie est touchant et passe par le personnage joué avec le talent qu'on lui connait par Robert Hirsch. Marlène Jobert fait une petite apparition, sa seconde après Masculin/Féminin de Godard.

 

Le chemin des écoliers, Michel Boisrond, 1959

Sous l'Occupation, un lycéen fait du marché noir et s'occupe de sa maîtresse alors que ses parents le croient à la campagne. Une adaptation de Marcel Aymé avec le tandem Aurenche et Bost à l'écriture et pour cadre, le Paris de l'Occupation. Les comparaisons avec La traversée de Paris s'arrêtent là, Boisrond étant loin de valoir Autant-Lara. La vision de cette période noire est un peu idéalisée mais les comportements humains n'y sont pas caricaturaux même si le fond de l'affaire n'est guère crédible, surtout avec des acteurs (Delon, Brialy) bien trop âgés pour incarner des lycéens de 17 ans. Malgré tout, le film a un certain répondant, grâce à ses dialogues et des interprétations savoureuses de Ventura et Bourvil, notamment. Sans oublier la merveilleuse Françoise Arnoul que l'on a eu tort d'opposer à Brigitte Bardot : elle était bien meilleure comédienne.

 

La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953

Un homme mystérieux s'embarque en Allemagne sur une péniche pour descendre le Rhin jusqu'à Strasbourg. Il est revenu pour se venger. Le premier film du tandem Gabin/Grangier joue d'abord sur une atmosphère fluviale qui rappelle vaguement Simenon. La mise en place est laborieuse et grandement gâchée par une voix off horripilante. Le film bascule avec un meurtre et le suspense qui en découle, pas désagréable à suivre même si relativement convenu. L'intérêt vient de l'interprétation de Gabin, entre deux âges, et fort charismatique dans un rôle laconique. Il surpasse de loin ses camarades masculins tandis que les femmes tirent leur épingle du jeu, en particulier une Elina Labourdette spécialement retorse. Et puis c'est le dernier rôle de la singulière Andrée Clément, quelques mois avant de mourir de la tuberculose, à 35 ans seulement.

 

Dernier amour, Jean Stelli, 1949

Une femme a quitté son vieux mari pour épouser un homme plus jeune. Dix ans plus tard, une rivale apparait. Jean Stelli avait un goût certain pour le mélodrame (Le voile bleu) mais guère le talent pour y exceller. Il n'est pas aidé ici par le scénario inerte de Françoise Giroud qui ne montre aucune originalité dans le traitement d'un sujet vieux comme le monde : l'adultère. Le point de vue est celui de la femme mûre, trompée à son tour, alors qu'elle a joué le rôle de la maîtresse, une décennie plus tôt. Malgré des dialogues sans grande saveur, l'interprétation est plutôt bonne, de Georges Marchal à Suzanne Flon. Symboliquement, Annabella, de retour d'Hollywood, et qui ne tardera pas à se retirer, fait face à une nouvelle venue, déjà convaincante : Jeanne Moreau. C'est l'un des seuls intérêts du film que celui de la voir effectuer ses premiers pas devant la caméra.

 

Le mensonge de Nina Petrovna, Victor Tourjanski, 1937

Un officier autrichien rentre de Saint-Pétersbourg avec une maîtresse. Mais son meilleur ami la rencontre et tombe amoureux. Et forcément, cela finira très mal dans ce mélodrame ennuyeux, qui ne s'écarte pas une seule seconde des conventions, sauf pour quelques intermèdes comiques sans grande ambition. Les dialogues sont de Henri Jeanson qui n'était visiblement pas très en forme. Le seul moment qui aurait pu rehausser la chose est le duel entre les deux soupirants mais il est expédié hors-champ. L'interprétation ne relève pas le niveau même si Fernad Gravey y met de la bonne volonté tandis que Isa Miranda et Aimé Clariond jouent comme comme s'ils interprétaient du Shakespeare. Petite curiosité : le premier rôle d'Annie Vernay, actrice qui mourut en 1941 du typhus, même pas âgée de 20 ans.

 


10/07/2019
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Guirlande de vieux films (Juin/2)

Au royaume des cieux, Julien Duvivier, 1949

La nouvelle directrice d'une maison d'éducation surveillée emploie la manière répressive et les détenues se révoltent. Profitant de ce que le pays est inondé, l'une d'entre elles s'évade avec la complicité de son amant. Le cinéphile qui a apprécié à sa juste valeur la puissance de The Magdalene Sisters, il y a quelques années, trouvera peut-être que Au royaume des cieux n'est pas du même niveau mais il ne pourra que reconnaître ses grandes qualités, son intensité, notamment dans son final avec deux intrigues parallèles et son interprétation remarquable (Suzy Prim et la jeune Suzanne Cloutier, notamment, Juliette Greco n'ayant qu'un rôle secondaire, et Serge Reggiani, par intermittences). Cette fois, Henri Jeanson a remisé ses bons mots au vestiaire et ses dialogues sonnent fort et juste. Enfin, dans ce mélodrame, l'intelligence narrative et la mise en scène inspirée de Duvivier font le plus souvent merveille, en particulier dans les scènes de groupe (la grève de la faim) et celles du paysage dévasté par les inondations, dignes de Murnau.

 

Sous le signe du taureau, Gilles Grangier, 1969

Un industriel dans la recherche aéronautique est lâché par ses financiers alors qu'un prototype de missile vient d'exploser en vol lors de son premier essai. Ce Grangier tardif montre un cinéaste en petite forme qui ne donne aucune ampleur à son histoire d'homme intègre mais vieillissant, sur le point de renoncer. Gabin ne semble pas non plus très concerné et la direction d'acteurs est globalement très lâche. Seule Suzanne Flon fait montre d'un peu de vivacité, dans les dernières minutes. Le film se veut très critique à l'égard du petit monde des banquiers et affairistes de tous poils mais la conviction n'y est pas (où est passée la verve d'Audiard ?). Au final, c'est une morale assez plan plan qui prédomine. Et de taureau, on n'en voit pas la queue d'un.

 

Paris au mois d'août, Pierre Granier-Deferre, 1966

Un homme reste seul à Paris durant le mois d'août pendant que femme et enfants partent en vacances. Il fait la rencontre d'une jeune anglaise présente pour un shooting de mode. Un roman de Fallet, des dialogues de Jeanson et un Granier-Deferre inspiré par cette parenthèse amoureuse, romantique et estival et sans doute déjà épris de son actrice féminine principale qu'il épousera un an plus tard. Le couple formé par l'excellent Charles Aznavour et la délicieuse Susan Hampshire fonctionne admirablement bien au point qu'on ne remet jamais en question la crédibilité de cette romance soudaine. Le film ne néglige pas ses seconds rôles, avec les amis du héros qui forment comme une sorte de choeur antique indulgent et complice. Malgré une certaine minceur de son scénario, Paris au mois d'août possède le charme immédiat et irrésestible de ces courts moments d'euphorie sentimentale qui illuminent toute une existence, par ailleurs si décevante et si casanière. Qui a connu ces instants privilégiés comprendra ce qui meut et émeut les deux personnages principaux du film.

 

Le dos au mur, Edouard Molinaro, 1958

L'industriel Decrey découvre que sa femme a un amant et décide de la faire chanter sous un nom d'emprunt puis de faire passer ce dernier pour le maître-chanteur. Adapté d'un roman de Frédéric Dard, le premier film d'Edouard Molinaro débute longuement avec le camouflage d'un crime apparemment commis par le mari trompé. Suit un flashback qui va révéler une vérité assez surprenante. Le dos au mur, au-delà de ses qualités de suspense est au fond l'histoire d'un homme fou amoureux de sa femme et décidé à la faire revenir auprès de lui par tous les moyens. Molinaro, en fin connaisseur du cinéma américain, s'inspire des films noirs de l'époque signés Preminger ou Hitchcock. Il n'est pas à ce niveau et sa mise en scène est parfois un peu lourde mais elle est plutôt efficace. Plus que Jeanne Moreau, c'est Gérard Oury qui rafle la mise, mâchoires carrées et regard intense.

 

Cargaison blanche, Georges Lacombe, 1958

Après la disparition suspecte de l'un de ses confrères, une jeune journaliste reprend son enquête. Elle se fait engager comme bonne puis barmaid. Remake du Chemin de Rio (Siodmak, 1937), Cargaison blanche est l'avant-dernier long-métrage de Georges Lacombe (il poursuivra à la télévision). Cinéaste solide, il n'est jamais aussi bon que quand son sujet l'est également. Ce qui n'est pas vraiment le cas de Cargaison blanche, film au suspense limité qui s'attaque à la traite des blanches sans approfondir son thème. Françoise Arnoul, alors à l'apogée de sa carrière et de sa beauté (après French Cancan et La chatte) mène la danse avec aplomb et la conscience de son pouvoir érotique. Le reste de la distribution est un peu décevant, le pauvre Jean-Claude Brialy étant sacrifié dès le début du film.

 


17/06/2019
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Guirlande de vieux films (Juin/1)

On a volé la Joconde, Michel Deville, 1966

En 1910, un voleur s'empare de la Joconde. Il fuit sur les routes de France, poursuivi par la police et d'autres aigrefins. On a volé la Joconde est déjà le 7ème film de Michel Deville, vaguement inspiré de l'authentique maraudage de Mona Lisa, réalisé en 1911. Cette fantaisie, qui tire vers la burlesque, n'est pas très représentative du style du cinéaste mais se révèle très agréable à suivre avec son tempo de plus en plus accéléré après une entame plutôt laborieuse. George Chakiris, en gentleman cambrioleur, manque d'épaisseur et de talent de comédien mais on lui demande surtout d'être charmant, ce qu'il est, au côté d'une Marina Vlady légère et sensuelle. Un film dans lequel Chakiris et Lefebvre (sobre) jouent aux échecs, réunion de deux acteurs aux univers on ne peut plus éloignés, c'est pour ces rencontres peu commues que l'on aime (aussi) le cinéma de Michel Deville pour qui le plaisir est une affaire très sérieuse.

 

Torrents, Serge de Poligny, 1947

Jan et Sigrid s'aiment depuis l'enfance. Mais une brouille les sépare et Jan se marie avec une autre et part en tant que médecin en Algérie. Triangle amoureux au Sahara, en passant par la Savoie, le premier film de Serge de Poligny après la guerre ne rappelle que de loin ses grands films précédents, Le baron fantôme et La fiancée des ténèbres. Chacun des personnages a droit à son long flashback agrémenté d'une voix off envahissante. Tout va trop vite dans le courant de Torrents avec un excès de romanesque qui débouche sur un mélodrame pas très maîtrisé. Face à Georges Marchal, solide, et Renée Faure, épatante en méchante par passion, la jeune Helen Vita ne soutient pas la comparaison. Quand une des bases du triangle est faible, c'est tout l'édifice narratif qui devient fragile ...

 

Métropolitain, Maurice Cam, 1939

Un ouvrier aperçoit du métro un homme en train de poignarder une femme à la fenêtre d'un immeuble. Ceux-ci sont des artistes désargentés répétant un numéro. Sorti début 1939, Métropolitain est le premier long-métrage de l'oubliable Maurice Cam. Son film a le mérite de montrer des aspects du Paris populaire de l'avant-guerre (un chantier sur la Seine, les télégraphistes d'un hôtel) à défaut de proposer une intrigue de qualité. L'atmosphère rappelle sans l'égaler celle de Le jour se lève, de Carné, sur les écrans en juin de la même année. A voir pour Albert Préjean, toujours impeccable, Anne Laurens (actrice éphémère, vue aussi dans Remorques), ainsi que le théâtral André Brulé. Quant à Ginette Leclerc, dont le rôle de vamp vulgaire est déjà au point et qui sort de Prison sans barreaux et de La femme du boulanger, elle est ce qu'elle est. Il parait qu'on la trouvait sensuelle. Question de goût et d'époque, sans doute.

 

Son dernier rôle, Jean Gourguet, 1946

Une actrice de renom, souffrant de problèmes cardiaques, se retire au calme dans une pension au bord du lac d'Annecy. Mais elle s'ennuie. Jean Gourguet n'a pas laissé beaucoup de traces dans le cinéma français et son film le plus connu, Malaria, n'est vraiment pas à conseiller. Le cinéaste a souvent oeuvre dans le registre mélodramatique comme en témoignent certains titres de sa filmographie : Maternité clandestine, La fille perdue, Une enfant dans la tourmente ... Son dernier rôle est un peu à part et sans doute le doit-on au scénario de Jean-Paul Le Chanois. C'est la mélancolie qui prédomine ici avec un très jolie portrait de femme qui se sait condamnée par la médecine. Les dialogues, étonnamment, sont souvent drôles et s'y ajoute même une petite nuance fantastique. Gaby Morlay a épuré son jeu, elle est remarquable, tout comme ses camarades Dalio, Tissier et Debucourt, tous d'une sobriété parfaite. D'aucuns trouveront sans doute le film poussiéreux mais son charme désuet est pourtant tenace, reflet d'une époque, l'immédiat après-guerre, où il faut se remettre à vivre.

 

La cage, Pierre Granier-Deferre, 1975

Sous un faux prétexte, une femme attire son ex-mari dans sa villa isolée et l'enferme par surprise dans un coin de sa cave, fermé d'une grille. Deux surprises majeures dans ce film dans ce film méconnu de Granier-Deferre : 1. La présence de la bergmanienne Ingrid Thulin, pas mauvaise du tout, mais dont le couple qu'elle est censée avoir formé avec Ventura est moyennement crédible. 2. Lino garde sa cravate, quoique desserrée, tout au long de sa captivité. Etonnant, non ? Sinon, bonne qualité des dialogues de Pascal Jardin et idée de départ astucieuse mais qui a du mal à justifier 90 minutes de développement vu que les péripéties sont réduites. Cette confrontation entre ex manque un peu d'étoffe et même si des flashbacks ne se justifiaient pas, les deux personnages sont peu approfondis que ce soit dans leur psychologie ou par leurs contours sociaux. Quant au dénouement, sous forme de happy end ironique, il va à l'encontre du drame conjugal qui s'est joué auparavant. Un curieux film, trop confiné dans sa configuration de huis clos.

 


04/06/2019
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